Bar clandestin : Le barbier-fumoir du Gentlemen 1919

Après trois ans de gestation, le Gentlemen 1919 ouvre ses portes à deux pas des Champs-Élysées et du Grand Palais. Sur le papier, un étonnant projet – un coiffeur-barbier-bar-fumoir – qui, aujourd’hui concrétisé, a enthousiasmé L’Amateur de Cigare. Visite guidée en compagnie des deux fondateurs.

Par Jean-Pascal Grosso

« C’est une idée née très égoïstement », assume Frédéric Lafleur, trente-sept ans, en pleine et cérémonieuse préparation d’un whisky sour derrière son bar. Cela fait plus d’une décennie qu’il officie dans la restauration comme directeur ou consultant. Mais, depuis trois ans, il n’avait qu’une idée en tête : créer un salon de coiffure-barbier « cachant » un bar-fumoir, dans la grande tradition des speakeasies de l’époque de la prohibition ! « Je me disais qu’à Paris, pour fumer un cigare, il fallait aller à Montparnasse, pour boire un bon cocktail à la Madeleine et pour bien se faire coiffer à Montmartre. Alors pourquoi ne pas créer un endroit où pouvoir tout faire à la fois ? »

Belle idée qui allait ouvrir sur un véritable chemin de croix. « Le temps d’une cigarette », il en parle à Sébastien Paucod qui tient L’Atelier Gentlemen, dans le 18e, et les deux hommes se mettent d’accord. Débute alors la longue recherche d’un local digne d’accueillir le projet. « C’est la question du fumoir qui bloquait à chaque fois. La veille d’une signature, nous avons même eu la mauvaise surprise de nous faire lâcher par un bailleur », se souvient Frédéric Lafleur. Et puis, soutenu par deux autres associés, le tandem finit par trouver un local rue Jean-Mermoz, une des plus tranquilles des abords des Champs-Élysées.

Derrière la porte du barbier…

« Nous cherchions une atmosphère qui donne aux gens envie de rester. Où nous-mêmes aimerions poser nos valises si jamais nos femmes nous fichaient dehors », sourit Sébastien Paucod. Point de vue ambiance, donc, pour commencer, le salon de coiffure : tons chaleureux, vieux fauteuils Belmont parfaitement rénovés, produits Bullfrog ou Robin Tauer et… barbier impeccable, un échalas très distingué prénommé Rudy. Sébastien a laissé les rênes de son salon des hauteurs de Paris à une collaboratrice pour mieux se concentrer sur ce nouveau projet.

_LUC0177Au fond de la pièce, derrière une porte coulissante, un couloir sombre, où sont diffusés d’apaisants chants d’oiseaux, puis une autre porte qui s’ouvre sur un bar aux allures d’aéroclub (celui où Delon payait son champagne avec des pièces d’or dans Les Aventuriers). À côté du comptoir, où l’on distingue les meilleurs spiritueux – avec une préférence marquée pour les whiskies, péché mignon de Lafleur –, une sélection de cigares tout droit venue d’Art Tabac, célèbre boutique de la place de Catalogne, dans le 14e arrondissement. La bonne idée est de proposer les modules à des prix très proches de ceux pratiqués chez les cavistes. Le Gentlemen 1919 évite ainsi l’écueil des prix prohibitifs pratiqués par de trop nombreux fumoirs, qui découragent souvent les amateurs. On y trouve par exemple un Partagas D6 à 11 euros, un Ramon Allones Club Allones Édition limitée 2015 et un Petit Edmundo à 14 euros, un Pitbull Maestro à 22,50 euros… Le fumoir, cosy mais sans excès, peut accueillir une douzaine de personnes à la fois. Il peut même être réservé. « J’apprécie d’allumer le module choisi par le client à la feuille de cèdre, confesse Frédéric Lafleur. C’est quelque chose qui se perd mais je pense que cela fait partie du protocole. »

La visite terminée, ne reste plus qu’à souhaiter au Gentlemen 1919 un avenir radieux, fait de dégustations excellentes et de rencontres bienveillantes. Le salon de coiffure-barbier ferme ses portes à 22 heures. Mais, en cas de succès, ses créateurs comptent bien permettre au bar fumoir de fonctionner encore un peu plus tard dans la nuit.

Gentlemen 1919, 11, rue Jean-Mermoz, 75008 Paris

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