USA : le cigare, mieux qu’un faire-part !

Outre-Atlantique, une ancienne tradition reprend aujourd’hui de la vigueur : offrir des cigares à l’occasion de la naissance d’un enfant. Un certain nombre de producteurs surfent sur cette nouvelle vague. Enquête.

Par Armelle Vincent, correspondante aux États-Unis

Pour le fondateur de Victory Cigars, Harold Nathan, l’idée de produire et de vendre des custom stogies a germé un jour de 1998. Grand amateur de cigares, ce résident de Seattle, qui affirme posséder la plus belle collection de havanes d’époque du monde (voir encadré), imagina promouvoir son entreprise de bagages en offrant des boîtes de cigares aux bagues personnalisées. Il chercha alors un revendeur. « Mais lorsque j’en ai trouvé un, raconte-t-il aujourd’hui, les cigares ne valaient pas un clou sous leurs belles bagues. Ils étaient de très mauvaise qualité. J’ai alors réalisé qu’une opportunité se présentait à moi et je me suis lancé dans la fabrication d’abord de bagues, puis de cigares. Même si la plupart de mes clients étaient plus intéressés par l’exclusivité de la bague que par le cigare lui-même, il m’a semblé que je pourrais en profiter pour les éduquer. »

Aux États-Unis, la tradition a longtemps dicté aux futurs pères de distribuer des cigares à leurs proches dans le salon tandis que leur épouse accouchait dans la pièce d’à côté. Le cigare les aidait à oublier leur inutilité. Cette coutume de partager un cigare dans les grands moments viendrait des Indiens. En l’honneur d’événements heureux, ils organisaient en effet des cérémonies appelées potlatch (« offrandes »), au cours desquelles les hommes se passaient une version primitive du cigare, des feuilles de tabac roulées en une sorte de cylindre. Lorsque les femmes se mirent à accoucher à la maternité, les cigares les suivirent dans les salles d’attente… jusqu’à ce que l’interdiction de fumer dans les hôpitaux puis dans les lieux publics tue lentement la coutume.

Néanmoins, elle est en train de renaître, sous une autre forme. Les cigares se fument désormais après la naissance, à la maison. À moins qu’ils ne soient offerts par le nouveau père dans des boîtes frappées du nom de leur nouveau-né, s’il a été préalablement choisi. Certains producteurs, comme Rocky Patel, vendent des cigares portant simplement l’inscription It’s a boy ! ou It’s a girl ! (« C’est un garçon ! », « C’est une fille ! »). Le concept est apparu en 1953 chez General Cigar et s’est ensuite répandu chez ses concurrents. « Actuellement, nombreux sont ceux qui désirent reprendre la tradition », affirme la directrice du marketing d’Altadis USA, Janelle Rosenfeld.

Si les lois anti-tabac ont fait chuter ses revenus de 75 %, Victory Cigars a gardé son statut de plus importante entreprise de cigares personnalisés des États-Unis, avec vingt mille clients répartis dans le monde. « Nous expédions nos cigares dans tous les pays où la loi l’autorise », précise son dirigeant. Il s’est au départ spécialisé dans la fabrication – artisanale – de bagues, ayant acquis le matériel nécessaire pour les fabriquer chez lui. Puis, ses compétences d’aficionado lui ont permis de choisir des cigares dominicains de bonne qualité pour « remplir » ses bagues et il a peu à peu amélioré la qualité de ses produits pour satisfaire le nombre et le prestige croissants de sa clientèle, jusqu’à acquérir des parts dans une manufacture de Tamboril en République dominicaine. Harold Nathan a ainsi réalisé son rêve de se lancer dans la production de cigares premium (République dominicaine pour la sous-cape et la tripe, Sumatra pour la cape). Vendus par lots de vingt-cinq dans des boîtes en cèdre, leur prix oscille entre 80 et 180 dollars. « L’un de nos atouts majeurs est de pouvoir livrer nos cigares en un temps record grâce au fait que nous avons tout le matériel nécessaire pour les produire sur place. »

Victory Cigars propose des cigares pour des événements allant des naissances aux anniversaires en passant par les mariages, les salons professionnels, les conférences ou la promotion d’entreprises diverses : restaurants, hôtels, concessionnaires automobiles, horlogers, etc. Ses clients se nomment Rolls-Royce, Jay-Z, le Ritz Carlton, pour n’en citer que quelques-uns. L’exemple d’Harold Nathan a rapidement été copié par d’autres aficionados qui se sont à leur tour lancés dans l’aventure. Comme les frères Mendler et leur sœur Rachel, qui ont fondé Custom Tobacco en 2013 en partant d’un nouveau concept : « Nous avons deux particularités, explique Rachel. Grâce à nos logiciels, nous sommes les seuls à permettre à nos clients de concevoir non seulement leurs propres bagues, mais aussi leurs propres cigares. Ils peuvent en effet choisir la cape, la sous-cape et la tripe. Nous avons désormais notre propre marque, Briarmont, et proposons dix types de cigares en trois modules. Nous travaillons avec des distributeurs nicaraguayens et dominicains. Tous nos cigares sont des premiums et nos prix vont de 7,99 à 24,99 dollars pour une boîte de dix, la commande minimum. »

Contrairement à Victory Cigars, Custom Tobacco n’a pas pâti des lois anti-tabac : sa clientèle est en effet essentiellement privée et tend à fumer chez elle, entre amis. Comme Custom Cigars, une filiale d’Orleans Group International spécialisée elle aussi dans les cigares personnalisés. « C’est une branche de l’industrie très prospère, conclut sa directrice Brandi Combs. Le cigare représente un événement important dans une vie et ces événements sont en général privés. »

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1 commentaire

  • una août 13, 2016  

    Très sympa et intéressante l’histoire de Victory cigars racontée par Armelle Vincent. Pour info, cette mode est très vivante aussi au Mexique et les commandes sont souvent faites à Cuba (ce qui garanti une qualité certaine du cadeau symbolique) On voit arriver à La Havane des mexicains avec des bagues déjà prêtes et il ne reste plus qu’à acheter les cigares et à les baguer ! Cela ne garanti pas l’authenticité de la vitole, mais au moins on sait que le tabac a poussé à Cuba…
    J’ai eu l’occasion de remarquer que ces petits cadeaux de cigares ne se limitaient pas aux naissances, mais sont faits aussi à l’occasion de mariages !

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