Ron Perlman : «Il y a des gens qui méditent ; moi, je fume un cigare.»

Même si on ne connaît pas toujours son nom, on connaît sa tronche. Massif, atypique, charismatique, Ron Perlman, révélé dans La Guerre du feu de Jean-Jacques Annaud, compte parmi les physiques les plus marquants de Hollywood. Il est, en plus, un vrai passionné de cigares.

Propos recueillis par Jean-Pascal Grosso

L’Amateur de Cigare : Il y a quelques semaines sortait en France le film Moowalkers, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Ron Perlman : J’ai trouvé l’histoire extrêmement amusante. Antoine Bardou-Jacquet, le réalisateur, et Dean Craig, le scénariste, ont réussi le mélange entre des faits réels – la conquête de l’espace, la guerre du Vietnam… – et un côté très sixties et déjanté à la Austin Powers. Cette collision donne un côté absurde à l’ensemble qui m’a immédiatement plu. C’est une histoire de dingue : un agent de la CIA qui cherche à stipendier Stanley Kubrick pour filmer un alunissage bidon ! En 1969, j’avais dix-neuf ans, j’entrais dans la vie adulte, et ça m’a aussi rappelé pas mal de souvenirs.

L’ADC : Du genre ?

R.P. : Que j’étais défoncé la plupart du temps ! J’étais un gamin à cheveux longs engoncé dans ses chemises cintrées. Je portais aussi un gros ceinturon. Culturellement, ça reste une époque incroyable. Les États-Unis traversaient une période très sombre contre laquelle la jeunesse et les artistes se sont rebellés. Ce n’était plus l’époque bénie des années 1950 où tout le monde était patriote. C’était terminé. Nous étions en pleine révolution avec les Beatles, Bob Dylan… Kennedy était mort. Le beau mec plein de promesses, qui se tapait des filles ici et là dans les salons de la Maison-Blanche, n’était plus. L’innocence avait fait son temps. Et une sorte de cynisme régnait : dans la musique, dans la mode, dans la culture de la drogue. Ensuite, dans les années 1980, tous les salopards qui se défonçaient avec moi sont devenus courtiers à Wall Street ou professeurs à Harvard. J’ai choisi une tout autre voie…

 

L’ADC : Vous avez été lancé par Jean-Jacques Annaud dans La Guerre du feu en 1981…

R.P. : Mon tout premier film. Et un vrai défi. Le tournage s’est fait dans des conditions très éprouvantes. Nous tournions presque pieds nus, vêtus simplement de peaux de bêtes, à des températures extrêmes. C’était simple : soit ça passait, soit ça cassait. Jean-Jacques aurait pu devenir mon pire ennemi, il est devenu un ami extraordinaire. Je l’admire. Et j’ai retravaillé avec lui sur Le Nom de la Rose et Stalingrad. Ce sont trois de ses – et de mes – meilleurs films.

 

L’ADC : Est-il vrai qu’il a insisté pour vous faire jouer dans Stalingrad alors que vous vouliez mettre un terme à votre carrière ?

R.P. : Je sortais de plusieurs années de projets sans intérêt. Et j’étais tombé dans tous les pièges que peut vous tendre un peu de reconnaissance : un train de vie particulier, l’achat d’une maison, etc. Et, pendant trois ans, quasiment pas un coup de fil. Les choses commençaient vraiment à se gâter pour moi et cela devenait insupportable. Et soudain, Jean-Jacques m’appelle pour dîner. Je n’étais au courant de rien et voilà qu’il me parle d’un projet avec Jude Law pour lequel il m’avait écrit un rôle. Ça a bouleversé ma vie. Je suis passé d’une situation où je me voyais obligé de remettre les compteurs à zéro à un nouvel envol. Cette alliance entre Jean-Jacques et moi, le fait qu’il ait autant confiance, cela a rassuré pas mal de gens. Je le considère comme un des anges gardiens de ma carrière.

 

L’ADC : Si tout le monde fume à peu près tout et n’importe quoi dans Moonwalkers, vous avez, vous, une passion pour le cigare. De quand date-t-elle ? 

R.P. : J’avais vingt ans et mon meilleur ami de l’époque, aujourd’hui disparu, avec qui j’étudiais dans le Bronx et qui est devenu le parrain de mes deux enfants, avait un goût prononcé pour les bonnes choses. Ensemble, nous buvions de grands whiskies et nous avons commencé à apprécier la splendeur d’un excellent cigare. J’y revenais de temps à autre. Et puis, il y a environ vingt ans de cela, j’ai voulu décrocher de la cigarette. Alors, je me suis focalisé sur les cigares. Mais rien que des bons ! J’en fume quatre par jour aujourd’hui.

 

L’ADC : Vos préférences ?

R.P. : Je ne connais rien de mieux que les bons cubains. J’apprécie leur puissance. J’aime beaucoup par exemple l’Epicure N° 2 de Hoyo de Monterrey. Mais mon cigare de tous les jours, je le trouve sur le terroir du Nicaragua : le Joya de Nicaragua Gran Consul. C’est un cigare parfait, très bien composé, aux saveurs prononcées. Et sa construction est idéale. Je n’ai jamais eu de raté avec lui alors que j’ai eu pas mal de problèmes avec les havanes, et avec pas mal de cigares en général. Mais jamais avec un Joya. Ils sont infaillibles. Et ils restent d’un excellent rapport qualité/prix – or j’en fume énormément.

 

L’ADC : Déjà allé à Cuba ?

R.P. : Il y a six mois de cela pour la première fois. J’ai même un projet avec ma compagnie de production et le gouvernement cubain pour un film. Bien qu’il y ait toujours l’embargo, les rapports entre Cuba et les États-Unis sont en train de se détendre. C’est en route, enfin, je l’espère. Le jour où tout ira mieux, je compte passer pas mal de temps là-bas. C’est un endroit extraordinaire avec une vraie énergie et qui réunit mes trois passions : la nourriture, le cigare et la musique. Les Cubains possèdent une force de vie qui va à l’encontre de la notion même de communisme. Ils possèdent le sens de la liberté alors que ce système politique aurait dû faire d’eux des automates, sans aucun moyen d’expression ni ambition d’excellence. Leur mentalité a été une véritable révélation pour moi.

 

L’ADC : Un souvenir de dégustation qui vous reste en tête ?

R.P. : J’en ai tellement… Comme je dis tout le temps : « Il y a des gens qui méditent ; moi, je fume un cigare. » C’est la meilleure façon pour moi de me retrouver. Fumer un cigare empêche mes mains de trembler. Fumer un cigare m’évite d’envoyer mon poing dans la figure des gens qui m’énervent. Les cigares me calment. Par leur parfum. Par leur goût. Et ce sont les meilleurs compagnons pour un bon cocktail, un verre de brandy. Je garde pas mal de cubains dans mon humidor, que j’allume lors des grandes occasions, quand ma carrière prend une nouvelle direction ou qu’il y a une bonne nouvelle dans ma famille. Lorsque Guillermo del Toro, après sept ans de bataille avec les studios, m’a annoncé que le projet de Hellboy se concrétisait et que le premier rôle me revenait, alors que j’avais tout fait pour le décourager en lui disant que c’était un combat perdu d’avance, j’ai fumé un Hoyo de Monterrey Double Coronas. Un grand moment !

 

L’ADC : Quel type de fumeur êtes-vous ?

R.P. : Que ce soit à New York ou à Beverly Hills, il y a pas mal de clubs branchés où se retrouvent les célébrités qui fument le cigare. Je les évite comme la peste. Pour moi, fumer un cigare n’est pas un acte mondain. C’est quelque chose de très personnel. Je fume toute la journée, seul, et je n’ai pas besoin de compagnie pour que m’allumer un cigare ait un sens.

 


 

BIOGRAPHIE

RON PERLMAN

Né à New York en 1950, il débute sur les planches avant d’être remarqué par Jean-Jacques Annaud qui en fait une vedette avec sa fresque des cavernes La Guerre du feu en 1981. Le comédien enchaîne dès lors les apparitions et les rôles plus imposants : Le Nom de la Rose (Jean-Jacques Annaud, 1986), Romeo Is Bleeding (Peter Medak, 1993), La Cité des enfants perdus (Jean-Pierre Jeunet, 1995), le remake de L’Île du Dr Moreau (John Frankenheimer, 1996) face à Brando, Hellboy (Guillermo del Toro, 2004), où il apparaît grimé, le cigare à la gueule… Il a également prêté sa voix rocailleuse à un nombre conséquent de dessins animés et de jeux vidéo. Il reviendra bientôt sous les traits de Hellboy dans un troisième opus annoncé pour 2017 et sera à l’affiche des Animaux fantastiques de David Yates, tiré d’un scénario de J.K. Rowlings, la « maman » de Harry Potter.

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