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D’où viennent les cigares carrés ?

Très répandus aux États-Unis, les cigares « box-pressed » sont de plus en plus appréciés par les amateurs européens. Apparus à Cuba il y a plus de cent ans, leur origine et leur procédé de fabrication font aujourd’hui encore débat.

par Guillaume Renouard

Les cigares carrés, ou box-pressed cigars, sont moins connus que leurs homologues aux formes cylindriques. Pourtant, certains aficionados ne jurent que par eux car leur forme carrée libérerait davantage les saveurs : le processus de fabrication, durant lequel on les presse, permettrait d’obtenir un meilleur tirage et une cendre plus régulière. Pour d’autres, ils seraient plus faciles à tenir en main et en bouche. « J’ai le sentiment qu’ils s’éteignent moins souvent et brûlent de manière plus homogène », confie ainsi un amateur.

Pour Rick Rodriguez, master blender chez CAO, la forme particulière du box-pressed cigar fait que le fumeur inhale davantage d’air à chaque bouffée, ce qui en rafraîchit la température et permet de mieux en apprécier les arômes. Rafael Nodal, un exilé cubain devenu producteur de cigares aux États-Unis, a créé une marque de box-pressed, les Aging Room Quattro F55, à partir d’un blend spécialement adapté selon lui à ce procédé. Ils ne sont pas vendus en France mais connaissent un beau succès outre-Atlantique.

En mettre le plus possible dans une boîte

L’origine des box-pressed reste controversée. Une certitude, cependant : comme souvent lorsqu’il est question de cigares, c’est à Cuba que tout a commencé. Selon Tad Gage, auteur du livre The Complete Idiot’s Guide to Cigars[1], la pratique est née au début du xxe siècle. À l’époque, les fabricants prennent l’habitude de diminuer la taille des boîtes afin d’en exporter davantage en optimisant les frais d’expédition et serrent donc les cigares au maximum. Or, humides et souples, les cigares fraîchement roulés épousent facilement une forme carrée lorsqu’on les presse les uns contre les autres.

Fini de rouler !

D’autres affirment que cette technique d’emballage avait pour but d’éviter que les cigares ne roulent dans leur boîte et ne s’abîment durant le trajet, qui à l’époque se faisait majoritairement par voie maritime. Quoi qu’il en soit, une fois déballés, ils se retrouvaient avec une forme plus carrée, qui serait petit à petit devenue populaire auprès de certains aficionados. Les fabricants auraient ainsi commencé à donner volontairement cette forme à une partie de leur production. Richard Carleton Hacker affirme quant à lui, dans The Ultimate Cigar Book[2], que la forme carrée permet tout simplement d’éviter que le cigare ne roule sur la table lorsqu’on le pose entre deux bouffées.

Quelle que soit l’histoire de leur venue au monde, ces cigares sont donc traditionnellement obtenus en les serrant, fraîchement roulés, les uns contre les autres dans leur boîte, suffisamment pour qu’ils soient légèrement compressés mais point trop non plus pour ne pas abîmer les feuilles. Plusieurs boîtes sont ensuite empilées les unes par-dessus des autres et placées dans une presse manuelle qui permet de bien les sceller.

La méthode du « trunk pressing »

Aux yeux des puristes, le terme box-pressed ne s’applique qu’aux cigares ronds que l’on serre dans leur boîte pour obtenir la fameuse forme carrée : la pression est appliquée uniquement durant cette étape, et non avant. Mais par extension, l’adjectif désigne aussi tous les types de cigares carrés, y compris ceux auxquels l’on confère cette forme avant de les emballer. En la matière, l’une des techniques les plus célèbres, celle du trunk pressing, consiste à placer les cigares dans une presse en bois spécialement prévue à cet effet, où on les laisse reposer une première fois jusqu’à douze heures pour obtenir une forme parfaite. On retourne ensuite les cigares à 180 degrés et on les laisse de nouveau reposer douze heures.

Chez les fabricants américains, les cigares box-pressed se déclinent en tout cas selon la même gamme de modules que leurs cousins aux formes rondes. Historiquement, la marque Romeo y Julieta (version américaine) fut l’une des premières à en proposer aux États-Unis. Elle compte aujourd’hui de nombreuses références dans son catalogue. On trouve également de très belles pièces chez Padron, comme le Robusto N° 6 de la série 1926, ou chez Rocky Patel, dont les Rocky Patel Vintage 1990 et 1992, ainsi que les lignes Decade, Old World Reserve et Honduran Classic. On peut citer aussi le Camacho BXP Ecuador. Pour les amateurs français, il sera plus facile de trouver les Davidoff Nicaragua Box Pressed Robusto et Toro ou encore le tout nouveau Grand Pressé Maduro de Flor de Selva, qui vient d’arriver sur le marché.

[1] Alpha Books, 2e éd., 1997.

[2] Skyhorse Publishing, 4e éd., 2015.

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