Briquets S.T. Dupont : « Nous rapatrions toute la production en France »

Créée en 1872, la maison S.T. Dupont va fêter ses 150 ans l’an prochain. À sa tête depuis quinze ans, Alain Crevet répond aux récentes mises en cause de la fiabilité de certains de ses produits par L’Amateur de Cigare (voir L’ADC, n° 141).

 

 

L’Amateur de Cigare : La qualité et la fiabilité des briquets S.T. Dupont sont-elles en péril, comme s’en plaignent certains détaillants et clients ?
Alain Crevet : Sur nos briquets dits « traditionnels », Ligne 1, Ligne 2, Grand Dupont [le haut de gamme, ndlr], qui sont fabriqués à Faverges, en Haute-Savoie, nous avons moins de 1 % de taux de retour en service après-vente. Sur les lignes jet [les briquets d’entrée de gamme, ndlr], qui étaient assemblés jusque-là en Chine – bien que le mécanisme et le design aient été conçus par les ingénieurs français –, nous avons eu un taux de retour un peu plus élevé, de l’ordre de 4 à 5 %. Ces briquets sont équipés d’un mécanisme piézo, forcément plus fragile que le mécanisme pyrophorique qui équipe nos briquets traditionnels. Nous avons, de toute façon, adopté une politique simple : tous les briquets jet sous garantie sont immédiatement remplacés à l’identique en cas de problème. De plus, nous sommes en train de rapatrier leur production à Faverges, ce qui va nous permettre de retravailler sur la conception pour les rendre encore plus qualitatifs et résistants. Et nous serons 100 % « made in France ».

 

L’ADC : Fabriqués en France ou assemblés en France ?
A. C. : Le label « made in France » implique que plus de 50 % de la valeur ajoutée soit réalisée en France. C’est notre cas. Même le tout-puissant Rolex achète des pièces à droite, à gauche, et fait l’assemblage, la finition et les réglages techniques en Suisse. N’imaginez pas qu’ils fassent le décolletage de telle ou telle pièce dans leurs propres usines ou même en Suisse ! Nous, nous faisons nous-mêmes les corps de briquet, mais nous ne nous interdisons pas d’acheter quelques pièces à l’extérieur, en France si possible.

 

L’ADC : Pourquoi avoir décidé de rapatrier la production en France ?
A. C. : C’est un débat que nous avions depuis longtemps, notamment avec les représentants du personnel de l’usine. Ils me disaient : « On est les experts mondiaux du briquet, il faut que nous gardions la main sur tout le processus de fabrication, y compris la finition. » Pendant longtemps, , pour des raisons de coûts, ça nous était impossible. Si nous voulions continuer à vendre ces produits autour de 100 euros, l’équation ne fonctionnait pas. Donc on s’est équipés, on a mécanisé un peu plus les lignes de production en Haute-Savoie, tandis que parallèlement les coûts ont augmenté en Chine. C’est donc désormais possible de revenir en France, et ça va nous permettre d’augmenter encore la qualité.

 

L’ADC : Les délais d’attente en SAV ont été pointés du doigt par les clients et les revendeurs…
A. C. : Comme nous avons toujours eu le souci de contrôler toute la chaîne, nous avons, pendant un temps, fait revenir systématiquement à Faverges tous les briquets déposés en SAV. Et c’est vrai qu’il y a eu un embouteillage. C’était il y a deux ou trois ans. Mais nous nous sommes totalement réorganisés : nous avons laissé une personne ou deux dédiées au SAV dans les gros marchés, pour traiter des problèmes simples, et Faverges se concentre sur les réparations plus importantes, avec une dizaine de personnes qui se consacrent entièrement à la gestion des retours. Cela a diminué de moitié le flux et nous permet d’avoir un SAV beaucoup plus réactif. Les premiers retours que nous avons des détaillants indiquent que le service s’est nettement amélioré.

 

L’ADC : Vous avez lancé il y a quelque temps une ligne Behike et vous venez de lancer une ligne de cigares et d’accessoires à l’occasion des 55 ans de Cohiba. Comment est-ce compatible avec la législation française ?
A. C. : La loi Évin est effectivement très contraignante. D’abord, nous avons choisi de ne pas communiquer sur ces produits en France. Ils ne sont distribués que dans les très grosses civettes. Ces briquets sont faits en collaboration avec Habanos S.A. mais ils ne portent pas le nom de la marque, seulement le logo et la tête d’Indien. On a vérifié tout ça avec notre service juridique et on a considéré que ça passait. Il est assez logique qu’il y ait une collaboration entre la plus grande marque de briquets et la plus grande marque de cigares. Nous avons signé un contrat d’exclusivité avec Habanos S.A. pour plusieurs années, donc je vous annonce que vous pourriez voir dans le futur d’autres grandes marques cubaines habiller nos briquets.

 

L’ADC : Vous êtes quel genre d’amateur ?
A. C. : À Paris, je fréquente le Cubana Café, juste à côté de notre siège, ou le Gentleman 1919. Je participe aussi aux réunions du club Essec Cigares – je n’ai pas fait l’Essec, mais mon père et mon oncle en sont diplômés, donc j’y suis admis. On a eu la chance d’avoir quelques Behike à l’occasion de notre partenariat avec Habanos S.A. Nous travaillons aussi avec Davidoff en Allemagne et en Suisse – le groupe a été, un temps, notre distributeur aux États-Unis. À une époque, j’ai fumé beaucoup de Davidoff N°2 et de 2000, que je trouve très équilibrés et très faciles à déguster. J’aime aussi beaucoup la marque Hoyo de Monterrey. Je prends souvent des petits modules, car je n’aime pas passer trop de temps sur un cigare.

 

Propos recueillis par Laurent Mimouni

 


 

Repères

Fondée par Simon Tissot-Dupont à la fin du XIXe siècle, la société est brièvement passée entre les mains du groupe Gillette dans les années 1970 avant d’être rachetée par le milliardaire hongkongais Dickson Poon, qui l’a introduite en Bourse en 1993 mais conserve 78 % du capital.

Spécialisée à l’origine dans la fabrication de bagages et de valises, l’entreprise réalise aujourd’hui environ 50 % de son chiffre d’affaires grâce aux briquets et accessoires pour fumeurs (cendriers, coupe-cigares, étuis…). Les stylos et la maroquinerie représentent chacun environ 20 % de l’activité. Le reste est réalisé par les « petits accessoires » (boutons de manchettes, ceintures…).

Pour les ventes, 60 % sont réalisées en Asie, avec deux grands blocs : Hong Kong et la Chine d’un côté, le Japon et la Corée du Sud de l’autre. Les 40 % restants sont réalisés en Europe occidentale (France – 12 à 13 % –, Allemagne, Italie, Espagne), et pour une petite part en Europe de l’Est, y compris la Russie, et au Moyen-Orient.

L’entreprise compte aujourd’hui environ 300 salariés. Plus de la moitié sont basés en France (dont une centaine à la manufacture) et les autres dans les filiales (Allemagne, Italie, Espagne, Belgique, Japon, Hong Kong).

 

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