Christoph Waltz

Christoph Waltz, deux oscars et un cigare…

La star de Inglourious Basterds et de Django Unchained, tous deux réalisés par Quentin Tarantino, revient là où on ne l’attendait pas. Signé Robert Rodriguez, Alita : Battle Angel est l’adaptation d’un manga futuriste, un mélange de prises de vues réelles et d’images de synthèse. Christoph Waltz n’y fume pas le cigare mais c’est bien de cette passion dont il nous parle aujourd’hui.

 

Par Jean-Pascal Grosso

 

« Comment avez-vous deviné ? » Derrière le sourire candide se décèle une surprise véritable lorsque nous tendons au comédien doublement oscarisé deux beaux spécimens de havane : des roboratifs Bolivar Tiempo Exclusivo Francia. Histoire de marquer le coup de cette rencontre avec l’Autrichien le plus célèbre de Hollywood, après Arnold Schwarzenegger. À soixante-deux ans, Christoph Waltz a posé ses valises à Los Angeles depuis le succès mondial du très sanglant Inglourious Basterds qui lui a valu une pluie de récompenses – dont un oscar, un Golden Globe et un prix du meilleur acteur dans un second rôle à Cannes, pour son rôle du colonel SS Hans Landa, spirituel et impitoyable, comme il se doit. Il a alors entamé la cinquantaine et découvre la gloire après des décennies de théâtre, téléfilms et séries télévisées (Tatort, Rex, chien flic, le flegmatique Derrick…) en Allemagne. « Lorsque je suis parti aux États-Unis, les gens autour de moi m’avertissaient : “Ils vont te presser comme un citron.” Ça tombait bien : il me restait de l’énergie à dépenser… », ironise-t-il, presque suave.

Désormais, le comédien « que-tout-le-monde-s’arrache » s’amuse dans de grosses productions comme Le Frelon vert ou Tarzan sans perdre de vue des œuvres plus exigeantes. Les metteurs en scène qui le sollicitent s’appellent Michel Gondry, Roman Polanski, Terry Gilliam ou Tim Burton. Cerise sur le gâteau, il s’offre même le luxe, des lustres après Donald Pleasence, Telly Savalas et le très honorable Max von Sydow, d’incarner Ernst Stavro Blofeld, l’ennemi juré et impérissable de James Bond, dans un Spectre de haute tenue en 2015. Ce bâton de maréchal aurait pu signifier pour lui le repos du guerrier. Mais Waltz a tourné quatre films depuis, dont Downsizing – un des rares longs-métrages où il apparaît fumant un cigare. Il vient même d’en réaliser un nouveau, Georgetown, adapté d’une sanglant fait divers. « Devenir acteur, c’est comme devenir père, explique-t-il. Ce n’est pas très difficile. Le vrai défi, c’est de parvenir à en faire une vie. »

 

Le module avant la marque

 

Lorsqu’il s’agit de cigares, il explique : « Je ne me fie pas trop à la marque. Je suis plutôt amateur de formats. Au gré de mes envies, de la situation, les formats changent. En général, c’est le robusto ou le petit robusto mais, parfois, un double corona comme le Lusitanias est exactement celui qu’il me faut. Comme je peux aussi bien me contenter d’un demi-tasse lorsque je manque de temps. » La discussion se lance facilement. Pour Christoph Waltz, le cigare est une passion aujourd’hui vieille de plus de trente ans. Il y a quelque temps, il a vendu la mèche et clairement parlé pour la première fois de son amour pour le cigare lors d’une émission présentée par Jerry Seinfeld et intitulée Comedians in Cars Getting Coffee. (L’idée est dans le titre : le « stand-upper » va chercher une star dans un de ses bolides de collection et l’emmène chercher un café sous le soleil de Californie.) Pourquoi un coming out si tardif ? « Parce que, pour moi, le cigare tient de l’intime. Presque du secret. Et ce que je déteste par-dessus tout, c’est cette forme de compétition entre les fumeurs », confesse-t-il.

 

Juste le cigare et moi…

 

« Je fume le cigare depuis longtemps maintenant, et je me souviens qu’avant que cela ne devienne une pratique “tendance”, la qualité du tabac était largement meilleure. Les capes étaient impeccables, d’un marron extraordinaire. Bien sûr, il y a des tons différents, mais ceux que j’achetais étaient d’un marron sombre et profond, leurs feuilles brillaient… J’ai l’impression de parler d’une splendeur disparue. »

Christoph Waltz a donc le cigare solitaire, discret, mais cela ne nuit en rien à son expertise. On devine l’aficionado vagabond planétaire et de luxe – « Je me sens très bourgeois » – qui cherche dans ses modules les plaisirs du recul et de la réflexion : « Je n’ai besoin de personne pour fumer un cigare. En fait, c’est très bien de fumer seul. De me retrouver seul avec juste un cigare. » Lorsque vous lui demandez l’origine de son inclination, l’homme se fait soudain plus flou, fouille au rayon nostalgie, en quête d’une jolie anecdote. Puis il finit par trancher de son anglais savoureusement mâtiné d’accent viennois : « Impossible de m’en rappeler. Mon grand-père fumait de temps en temps. Pas souvent. Mais ce dont je me souviens très bien, c’est de mon premier Hoyo de Monterrey Epicure N° 2. C’est un des cigares qui m’ont le plus marqué. »

 

Le bonheur du premier tiers

 

« J’aime le cigare dès l’allumage, le plaisir qu’il vous procure au niveau du goût, surtout le premier tiers, annonce-t-il. Ce qu’on appelle le foin, non sans une certaine condescendance. Pour moi, lorsque le cigare devient plus intense, il perd quelque peu de son intérêt. Mais l’acte même de fumer un havane, les gestes, les arômes, me perdre dans ses volutes, tout cela est quelque chose d’édifiant. » Derrière l’amateur, il y a donc un homme aux goûts sûrs, et pas seulement sur le plan vestimentaire. Un gentleman conscient de ce qu’il aime et de ce qui lui convient moins : « Je ne me fais pas aux maduros. Je leur trouve un côté doux, limite sucré, qui ne me convient pas. Et puis je me méfie de cette mode des “éditions spéciales”. J’en suis rarement satisfait. » Autre mode, celle des cigar bars qui pullulent outre-Atlantique malgré une croisade anti-tabac de plus en plus rageuse. A-t-il ses habitudes dans certains d’entre eux ? Une adresse à conseiller pour clore l’entretien et, qui sait, pour laisser le lecteur cultiver l’espoir de le croiser un jour dans un beau lieu de New York ou de Los Angeles ? Fausse route. Le cigare « intime » toujours. Et la causticité à la boutonnière : « J’ai l’impression que tout le monde y exhibe la bague de son module, à qui possédera le plus cher, le plus rare… Tout comme la question de la taille, le besoin de supériorité… Les psychanalystes pourraient beaucoup s’y amuser ! »

 

Alita : Battle Angel, de Robert Rodriguez, est en salles depuis le 13 février.

 

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