A Dortmund, les autres terroirs disent « merci » à Cuba

La pénurie de havanes était sur toutes les lèvres dans les deux halls consacrés aux cigares faits main du salon Intertabac de Dortmund. Mais les autres terroirs sont aussi confrontés à des défis logistiques nouveaux pour la profession.

Laurent Mimouni, envoyé spécial à Dortmund (Allemagne)

« Merci les Cubains ! » Les Allemands, qui accueillent chaque année à Dortmund (Rhénanie du Nord-Westphalie) le plus grand salon professionnel du monde consacré au tabac, appellent ça la schadenfreude, la joie maligne qui consiste à se réjouir du malheur d’autrui. Qu’ils soient dominicains, nicaraguayens, honduriens ou costaricains, tous les producteurs rencontrés la semaine dernière lors de l’édition 2022 du salon Intertabac se félicitent de la pénurie de cigares cubains et la décrivent comme une formidable opportunité pour faire connaître et développer leur production… mais aussi comme un défi à relever car les problèmes logistiques touchent tous les autres terroirs.

« Les Cubains travaillent pour nous », constate Frederik Vandermarliere, patron du groupe VCF (Oliva, Cain, Nub) sur le grand stand de sa marque, aux allures de saloon. Mais alors que les Etats-Unis, premier marché mondial du cigare fait main, n’ont jamais importé autant de vitoles et que les autres marchés affichent tous, eux aussi, des hausses spectaculaires, la production a du mal à suivre. Au Nicaragua, la main d’œuvre des fabricas émigre en masse pour essayer de trouver un avenir meilleur au nord du Rio Grande ; en République dominicaine, les manufactures ont du mal à recruter et se livrent à une guerre des talents (voir L’ADC, n° 146) ; et partout, les perturbations logistiques sont devenues le quotidien des producteurs… et de leurs distributeurs. Le directeur commercial France d’une grande marque n’en revient toujours pas d’avoir été en rupture de stocks pendant plus de trois semaines sur des références classiques de son catalogue : « en 10 ans, c’est la première fois que ça nous arrive ! ».

Grande préoccupation du salon : l’approvisionnement en charnières et plus largement en boîtes. « Alors que les coffrets nous coûtaient en moyenne 5 euros avant la Covid, on est obligés, aujourd’hui, de mettre parfois jusqu’à 25 euros dans une boîte en raison de la hausse du prix du bois », explique un producteur installé au Nicaragua. Du coup, certains en viennent à envisager d’honorer une partie de leurs commandes en fagots. Marc Niehaus (Vegas de Santiago D8) a déjà franchi le pas et fournit certains de ses clients suisses en fagots cellophanés – à charge pour le détaillant de recycler d’anciennes boîtes pour la présentation en vitrine. Le producteur suisse nous a également confié que, faute de livraisons suffisantes en charnières, il lui arrivait de réutiliser de vieilles charnières pour confectionner de nouvelles boîtes. 

 

« Scénario optimiste et scénario pessimiste »

Côté cubain, la morosité régnait. Deux distributeurs de havanes rencontrés à Dortmund ne cachaient pas leur morosité. « Le scénario optimiste, c’est deux ans avant un retour à la normale ; le scénario pessimiste, c’est cinq ans », estime l’un d’entre eux, franchement désabusé par la situation qui l’oblige à rationner drastiquement les livraisons : priorité aux Casas del habano, puis aux Habanos Specialist et, en dernière instance, aux Habanos Point. Pour les autres points de vente, rien à espérer avant plusieurs mois.

Pour les terroirs concurrents aussi, il y a deux scénarios possibles. Dans les allées du salon, la grande interrogation des producteurs consistait à savoir si, une fois la production et les livraisons cubaines remises dans le droit chemin, le « Nouveau monde » aura alors durablement gagné de nouveaux adeptes ou si les amateurs repartiront vers les havanes comme ils sont venus. 

 

En bref : choses vues et entendues à Dortmund

 

Oliva l’oeucuménique

En marge du salon où les rendez-vous d’affaires s’enchaînent, les producteurs de cigares organisent de nombreux évènements festifs (cocktails, dégustations, dîners…) pendant ces trois jours. La palme de l’événement le plus oecuménique revient à Oliva. Le dîner organisé par la marque vendredi soir a rassemblé environ 200 professionnels dont Henke Kelner (Davidoff – Procigar), Rocky Patel, Litto Gomez et son fils Tony (La Flor Dominicana), Ernesto Perez-Carrillo et son bras droit Jorge Maique (voir L’ADC, n° 151), Maya Selva, José Blanco (La Galera), Daniel Marshall, Bradley Rubin (Alec Bradley)… 

 

Pas de soirée Habanos 

Contexte oblige, Habanos S.A. n’a pas organisé de soirée en marge du salon. Comme à son habitude, le groupe sino-cubain faisait stand commun avec son distributeur exclusif en Allemagne, Fifth Avenue. Inocente Nuñez Blanco, l’un des deux co-présidents et Lisbeth Alonso, vice-présidente chargée de la logistique avaient fait le déplacement depuis Cuba.

 

STG et Davidoff font l’impasse

Après deux années d’absence pour cause de Covid, deux grandes marques ont fait l’impasse sur cette édition 2022 : STG (CAO, Macanudo, Silencio) et Davidoff avaient décidé de ne pas prendre de stands… même si nous avons croisé quelques cadres de STG dans les allées du salon.

 

Les nouveaux cigares de Rick Rodriguez bientôt en France ?

Confirmation de ce que nous annoncions il y a plusieurs semaines, des discussions sont en cours avec un distributeur français pour une commercialisation prochaine des cigares West Tampa Tobacco, la nouvelle marque créée par Rick Rodriguez, ancien maître assembleur des CAO.

 

Eric Piras la joue Confidenciaal

Fort de plus de 25 années dans le monde du tabac, Eric Piras présentait sa nouvelle marque de cigares. Baptisée Confidenciaal, elle est commercialisée en fagots. Le patron du Bertie Lounge de Hong Kong envisage un lancement de ces 7 références (du robusto au churchill) en France fin 2023. Inutile d’essayer d’en savoir davantage, comme l’origine des feuilles ou la manufacture où ils sont roulés : c’est « confidenciaal »…

 

Un cigare réservé à La Réunion

Jérôme Monetti et Sabrina Fontaine, distributeurs de cigares (Davidoff, Padron…) sur l’île de la Réunion présentaient leur marque, Corita, roulée en République dominicaine et disponible uniquement dans l’île. La législation spécifique des collectivités d’outre-mer autorise en effet l’importation directe de produits manufacturés du tabac, sans passer obligatoirement par un importateur licencié auprès des douanes, comme en métropole.

 

Thé ou cigare ?

C’était l’une des curiosités de ce salon 2022. Au milieu des deux halls consacrés aux cigares premium, un fabricant exposait des feuilles de thé roulées en cylindres à la manière d’un cigare et présentées dans un coffret en bois ressemblant comme deux gouttes d’eau (chaude !) à un humidor. Mais les précieux rouleaux n’ont pas vocation à être fumés ; il s’agit d’une manière différente de présenter le thé. L’ensemble est fourni avec un outil – dont on ne sait plus s’il faut l’appeler coupe-cigare ou coupe-thé – qui permet de débiter les rouleaux pour placer les feuilles de thé dans une boule. Arrivée possible en France dans les prochains mois.

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