« Il y a des gens qui ont besoin de leur tasse de thé, moi, c’est d’un havane. » Andy Garcia

À 63 ans, le comédien américain d’origine cubaine Andy Garcia poursuit une carrière faite de grands succès populaires et d’œuvres plus intimistes. Et avec, pour compagnons de route, quelques-uns des meilleurs cigares de la planète.

 Par Jean-Pascal Grosso

« Le cigare est un vrai plaisir pour moi. Mais pas besoin d’être cubain pour apprécier. » D’ailleurs, dans La Mule, dernier succès d’un Clint Eastwood à son meilleur, Andy Garcia campe un Mexicain, baron de la drogue de son état, féru de ball-trap, de fiestas… et de havanes. Rares y sont les plans où le comédien, soixante-trois ans depuis avril dernier, ne se déplace pas, impérial et cool, un module allumé entre les doigts. « Clint et moi sommes amis depuis des années, confie-t-il à L’Amateur. Tourner avec lui était un des principaux rêves que je souhaitais concrétiser dans ma vie. » Et des rêves, ce fils d’un avocat et d’une professeure d’anglais, débarqués aux États-Unis après l’échec de l’opération de la baie des Cochons en 1961, en a eu tout au long de sa vie. D’abord à l’école, quand il se voyait champion de basket-ball – ses espoirs ont malheureusement été mis au tapis par une mononucléose.

« Mon père était un avocat réputé à Cuba, se souvient-il. À son arrivée en Amérique, le seul emploi qu’il a réussi à trouver était une place de commis chez un traiteur. Nous n’étions pas riches, mais, au moins, nous avions la liberté. » Enfant, il s’est essayé aux cours de théâtre mais avoue « ne pas avoir accroché » à l’époque. Ce n’est que bien plus tard, à l’université, d’abord à Miami puis à Los Angeles, qu’il s’est pris de passion pour les arts dramatiques et a décidé d’en faire son métier. En 1986, premiers vrais pas au cinéma dans le thriller Huit millions de façons de mourir de Hal Ashby. Mais ce sont ses rôles dans Les Incorruptibles (1987) de Brian De Palma et Le Parrain 3 (1990) de Francis Ford Coppola qui en font un comédien reconnu à la fois de ses pairs et du public international. Deux rôles d’Italiens paradoxalement. « Vous savez, corrige-t-il, je suis cubain mais aussi acteur. Je veux dire, c’est une question de jeu, pas de culture. Je ne suis pas un comédien cubain, je suis un comédien ! » Suivront une multitude de films sur trois décennies, mêlant grands succès commerciaux (Black Rain, la saga Ocean’s Eleven, Mamma Mia !, Here We Go Again…) et projets plus intimistes (Modigliani, City Island, Cristeros…). « Et j’espère que ça va continuer…, insiste l’alerte sexagénaire dont le dernier long métrage, Headlock, une histoire d’espionnage, vient de sortir sur les écrans outre-Atlantique. J’ai toujours voulu durer dans ce métier. C’était mon vœu le plus cher. Quand vous êtes un jeune acteur, si vous avez la chance de retenir l’attention, tant mieux pour vous. Mais vous risquez d’être remplacé dès la semaine suivante. Ne reste plus qu’à essayer, par votre âpreté au travail, de vous maintenir dans le circuit le plus longtemps possible. »

 Homme de sur-mesure

 Également homme de goût, Andy Garcia est une référence en matière d’élégance à Hollywood : « Ça me vient de mon père et de mes oncles. À l’époque, il y avait un vrai respect pour l’habillement. Je suis le fruit d’une génération, celle des années 1950, qui reste, pour moi, l’apogée de l’élégance masculine – même les pompistes portaient un nœud papillon… » Fustigeant le règne du casual aux États-Unis, lui continue, dandy en diable, à cultiver le style que chérissaient ses icônes de l’âge d’or hollywoodien : « J’aime le cinéma, parce que j’aime le style. Pour moi, le sur-mesure, lorsqu’il est réussi, tient de l’art. »

Outre le panama qu’il arbore en permanence sous le soleil de Californie, Andy Garcia ne se sépare jamais d’un cigare, autre accessoire indispensable à sa panoplie de chantre du chic : « Je suis du genre à savourer un cigare en jouant au golf ou après un bon dîner. Mais je n’ai rien du fumeur compulsif. » Pour lui, le havane est une passion en prise directe avec ses origines cubaines : « Mon grand-père a fumé le cigare jusqu’à la fin de sa vie. Mon père en fumait quand il était plus jeune. C’est un plaisir qui nous lie aussi à nos racines. » Happé par le sujet, l’acteur s’illumine : « Groucho Marx disait : “Entre une femme et un cigare, je choisirai toujours le cigare.” Il y a des gens qui ont besoin de leur tasse de thé à quatre heures, moi, c’est d’un havane. C’est un moyen de me relaxer, de me détendre. J’ai arrêté les cigarettes depuis des années. Voilà mon seul vice : un bon Cohiba de temps à autre… »

Et son amour des vitoles ne s’arrête pas à celles produites sur son île natale. Certes, si Montecristo (le N° 2, le N° 4 ou le N° 5 selon l’heure de la journée) et H. Upmann font partie de ses marques de prédilection, le nicaraguayen Padrón et, surtout, le dominicain Arturo Fuente ont eux aussi une place de choix dans son panthéon personnel : « Les Opus X comptent parmi mes cigares préférés et, tous les ans, je reçois de la part de Carlito [Fuente] une sélection de ses meilleurs cigares. C’est toujours un honneur pour moi. » Il a même tourné son film Adieu Cuba dans les plantations de la marque qui, en retour, a créé une gamme de cigares en hommage au film.

 Le Che qui ?

 Andy Garcia ne fait pas partie des enragés de la cause des exilés cubains aux États-Unis mais il n’a jamais été tendre avec les frères Castro, au grand dam de certains de ses amis, comme le réalisateur Steven Soderbergh ou la star George Clooney, au cœur plus ancré à gauche. Acteur de conviction dans un Hollywood depuis longtemps rompu à la bien-pensance liberal, lui ne mâche pas ses mots concernant les dirigeants de l’île où il est né et où il n’est revenu qu’à l’occasion d’un concert organisé en 1995 sur la base navale américaine de Guantánamo au profit des réfugiés cubains. Il confesse : « Le sujet me touche personnellement parce que j’ai dans mon entourage des gens qui ont perdu un membre de leur famille par la faute même de Che Guevara ! »

Au sujet de l’icône révolutionnaire, là encore, Garcia ne prend pas de pincettes – même si l’humour reste présent. Pour clore l’interview sur l’autre sujet qui, après les cigares, semble lui tenir le plus à cœur, il raconte une anecdote : « Il y a quelques années, j’ai lu une enquête réalisée par un journaliste du Los Angeles Times auprès de personnes qui arboraient dans la rue la tête du Che sur un vêtement ou un accessoire de mode. À la question “Qui était-il ?”, il y tout de même un type qui a répondu : l’inventeur du mojito ! »

La Mule, de Clint Eastwood, disponible en DVD et Blu-ray (Warner) depuis le 5 juin.

 

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