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A la fabrique H. Upmann, produire au temps du coronavirus

L’emblématique fabrique H. Upmann en plein coeur de Centro Habana, l’un des quartiers de la capitale cubaine les plus touchés par la pandémie de Covid-19, continue sa production à plein régime. Pour l’île dont l’économie est en grande difficulté et le tourisme à l’arrêt depuis deux mois, l’industrie du tabac ne peut s’arrêter de rouler.

L’objectif de production a été fixé à 90 millions de puros pour 2020 au niveau national, et les Cubains entendent bien respecter le plan initial malgré la pandémie de coronavirus, qui a contaminé à peine plus de 2100 personnes dans le pays et fait, pour l’heure, 83 victimes.

Avant d’entrer dans le grand bâtiment bleu à arcades et reliefs sculptés, de la Fabrica José Marti (son nom officiel), le gardien masqué désinfecte mains et chaussures avec un mélange d’eau et de chlore. Dans cette maison-mère de la marque H. Upmann – qui produit aussi des Montecristo et des Cohiba – 350 personnes travaillent habituellement. Mais en cette période de pandémie, 32 travailleurs ont été placés à l’isolement : ce sont les personnes vulnérables, atteintes de maladies chroniques, les plus de 60 ans et les mères qui n’ont personne pour garder leurs enfants à la maison depuis la fermeture des écoles, comme l’explique Falconery Rodriguez Modoy, le secrétaire syndical de la fabrique. Leur salaire est maintenu en attendant qu’ils puissent revenir à l’usine, et cet isolement concerne 1045 ouvriers dans tout le secteur tabac du pays.

Masquée et malgré la crainte d’être contaminée, Mercedes roule un maravilla de Cohiba

À l’échelle de cette usine, 32 travailleurs en moins, ce sont d’autant de cigares qui ne sont pas roulés. Résultat : de 12.000 cigares par jour, H. Upmann est passé à 9.000, mais selon le directeur général Robinson Tamayo Gonzalez, le plan de production pour 2020 reste inchangé. « Nous nous sommes engagés à produire 2,5 millions de cigares cette année et nous respecterons ce plan » assure-t-il, en expliquant également que depuis la pandémie il remarque une meilleure productivité chez ses employés qui « se surpassent et comprennent l’importance de leur travail pour l’économie du pays », note aussi Falconery Rodriguez Modor.

Dans la « galère », comme on appelle la grande salle où s’alignent les pupitres des rouleurs de tabac, la distanciation sociale est respectée avec un bureau sur deux occupés. Tous portent un masque, obligatoire à Cuba depuis deux mois mais la tentation de l’enlever est forte : « il fait très chaud ici et c’est compliqué avec un masque, déjà qu’on est assis 8h par jour à travailler », explique Mercedes Liñero. La jeune employée confectionne un maravilla de 165 mm pour un cepo de 55 de la marque Cohiba, tout en écoutant à la radio, diffusée dans les haut-parleurs de l’usine chaque matin, le Docteur Duran du ministère de la Santé qui donne une conférence de presse quotidienne sur l’évolution de la situation sanitaire du pays. Une communication régulière qui a permis notamment aux travailleurs de H. Upmann d’apprendre que le quartier où se trouve la fabrique, Centro Habana, qui est le plus densément peuplé de la Havane, est l’épicentre de l’épidémie dans la capitale.

Le directeur de la fabrique, Robinson Tamayo Gonzalez, motive ses troupes pour maintenir le rythme de production

Même si la peur d’être contaminé en venant travailler est présente, les ouvriers peuvent au moins compter sur le transport mis en place par « l’entreprise d’Etat socialiste qui nous fournit cet avantage durant la pandémie », explique le responsable syndical. Des bus viennent chaque matin récupérer les travailleurs dans leur quartier, car les transports publics sont à l’arrêt depuis deux mois, et l’usine elle, comme les 23 entreprises de cigares du pays, ne peut s’arrêter de rouler. L’industrie du tabac est le quatrième secteur de revenu pour le PIB cubain et de la récolte à la production, rien ne semble pouvoir l’arrêter, pas même le coronavirus.

Fondée en 1844, l’entreprise H. Upmann ne s’était pas arrêtée durant la grippe espagnole qui avait frappée l’île en 1918. « Nous sommes une usine emblématique du pays et nous avons la chance de produire le meilleur tabac du monde, alors rien ne nous arrêtera ! », lance fièrement le directeur. Robinson Tamayo Gonzalez souhaite aussi rassurer les amateurs de cigares : il n’y aura pas de pénurie de havanes en 2020 et « les exportations malgré la fermeture des lignes aériennes se poursuivent », sans donner plus de précision.

Domitille Piron, correspondante à La Havane (texte et photos)

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