« L’industrie du cigare est très résiliente »

Comment le monde du cigare aux Etats-Unis vit le confinement.

Joshua Habursky est le directeur des Affaires fédérales de la Premium Cigar Association (PCA, ex-IPCPR), organisation américaine qui représente les intérêts d’environ 3 000 commerçants vendant des cigares haut de gamme.

 

 

 

Quelle est la situation pour les petits commerces que vous représentez, et comment font-ils pour se maintenir à flot ?
La situation varie d’un état à l’autre : dans le cadre de mesures de confinement, certains ont obligé les cigarshops à fermer, d’autres considèrent les civettes comme des commerces essentiels. D’aures états, encore, n’ont pris aucune mesure de confinement. Bref, les cas de figure sont nombreux, c’est pourquoi nous proposons quotidiennement sur notre site une mise à jour des mesures adoptées partout sur le territoire, afin que les commerçants sachent à quoi ils doivent se conformer.
Nous travaillons également à l’échelle législative, état par état, afin d’obtenir autant que possible des concessions pour ces commerces qui leur permettent de continuer à travailler pendant la crise. Nous prodiguons enfin des conseils pratiques aux commerçants, à travers des conférences en ligne quotidiennes sur les réseaux sociaux.

Quelles sont leurs options ?
Nous avons récemment accueilli le dirigeant d’une civette basée en Pennsylvanie, qui a mis en place tout un procédé pour permettre aux clients de récupérer leurs cigares à la porte de sa boutique en toute sécurité. Les clients commandent et paient à distance, puis se garent devant la civette, montrent leur carte d’identité et leur bon de commande à travers la vitre de leur véhicule, avant de récupérer leurs cigares dans une boîte scellée.
Une autre possibilité consiste à livrer directement les clients chez eux, pour des commandes d’un certain montant, via un service comme UPS. Mais dans ce cas, la loi exige du commerçant qu’il vérifie que le client a plus de 21 ans. Il y a ainsi beaucoup de détails pratiques à prendre en compte, et nous sommes là pour permettre aux commerçants d’y voir le plus clair possible.

La Maison-Blanche a récemment adopté un plan de relance de l’économie, qui prévoit notamment de renflouer les commerces affectés par la crise. Civettes et fumoirs vont-ils pouvoir en bénéficier ?
La loi prévoit en effet 350 milliards de dollars pour soutenir les petits commerces et leur permettre de continuer à payer leurs employés. Les marchands de cigares premiums sont concernés, et nous leur prodiguons une assistance dans la mise en œuvre des démarches administratives nécessaires. Nous avons plusieurs consultants qui gèrent une trentaine d’appels par semaine émanant de commerçants.
Nous faisons aussi du lobbying auprès du Congrès pour obtenir une revalorisation de ce programme d’aides, dont le montant est selon nous insuffisant. Le Capitole est actuellement fermé à cause de l’épidémie, mais nous continuons de rencontrer les membres du Congrès pour leur faire part des difficultés que connaît notre industrie. Nous tentons par exemple d’obtenir un délai de 90 jours pour le paiement des taxes sur les cigares importés.

Vous essayez également d’obtenir un report des nouvelles régulations mises en place par la FDA (Food and Drug Administration). Décidées avant la crise actuelle, elles font peser une épée de Damoclès supplémentaire sur les commerçants…
En effet. Nous nous sommes pour cela associés à Cigar Rights of America (CRA), qui défend les intérêts des fumeurs de cigares, afin d’obtenir auprès de la FDA un report de la règle dite « d’équivalence substantielle » : pour l’heure, les professionnels ont jusqu’au 12 mai prochain pour s’y conformer. Elle concerne en priorité les fabricants, mais affectera aussi, par rebond, les détaillants. Notre objectif était d’obtenir un report de six mois.  La FDA nous a pour l’heure donné bon espoir quant à un délai de 120 jours, ce qui repousserait la date limite au 9 septembre prochain. Et bien sûr, nous souhaiterions toujours, si possible, obtenir une exemption totale de cette loi pour les cigares hauts de gamme…
Tout cela se déroule à l’échelon fédéral, mais nous déployons aussi nos efforts au niveau local, où nous faisons notre possible pour éviter la mise en œuvre de nouvelles mesures susceptibles d’accroître les difficultés des commerçants en cette période difficile. Le gouverneur de Virginie souhaite par exemple accroître les taxes sur les cigares haut de gamme de 100%, et nous mettons tout en œuvre pour que cette mesure ne soit pas adoptée, surtout au moment où ce même gouverneur demande déjà aux commerçants de fermer boutique.
Je suis malgré tout optimiste. Les commerçants avec qui nous travaillons déploient d’importants efforts pour se familiariser avec les différentes législations mises en place, efforts qui seront sans doute récompensés. C’est l’un des points forts de cette industrie : elle est habituée à voir les choses changer à toute vitesse et a déjà affronté de nombreuses difficultés par le passé, ce qui la rend très résiliente.

Propos recueillis par Guillaume Renouard, correspondant aux Etats-Unis

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