Litto Gomez

Litto Gomez ou l’histoire d’un braquage qui tourne bien !

Un jour de 1993, Litto Gómez, alors bijoutier, plaque tout pour se lancer dans le cigare. Un événement venait de changer le cours de sa vie. Vingt-cinq ans plus tard, le créateur de La Flor Dominicana est devenu un acteur majeur du secteur…

Par Laurent Mimouni  

Litto Gómez a eu deux vies. La première s’est arrêtée net un certain jour de 1993, lorsqu’il a été braqué par deux malfaiteurs dans sa bijouterie de Miami Beach – partis avec 400 000 dollars de butin, ils ne seront jamais retrouvés. Traumatisé par la violence de l’agression et les longues minutes passées attaché et bâillonné avec du rouleau adhésif, à attendre l’arrivée des secours, Litto ne rouvrira jamais la boutique. Il préférera se lancer dans le cigare, bien qu’il n’ait alors aucune connaissance technique ni aucun contact dans ce milieu. C’est ce jour-là qu’a donc démarré sa seconde vie, l’une des plus belles success stories de ces trente dernières années dans le monde du cigare.

Né en 1954 en Espagne, Litto Gómez a grandi en Uruguay. À vingt ans, il « décide » avec son frère de partir au Canada – en réalité, ils auraient préféré les États-Unis mais leur demande de visa a été refusée. Aucun des deux ne parle ni anglais ni français. À Toronto, Litto fait la plonge, débarrasse les tables dans un restaurant, vit de petits boulots divers tout en prenant des cours d’anglais.

Un jour de neige…

Même si les odeurs de cigare lui étaient déjà familières, car son père était un amateur, c’est là, sur les bords du lac Ontario, en 1975, que Litto Gómez fume son premier cigare. « Nous avions eu une journée très difficile au restaurant, racontera-t-il dans la presse américaine quarante ans plus tard. Et après le départ du dernier client, le barman m’a tendu un Montecristo N° 2. Je l’ai fumé sur la route du retour, sous la neige – une expérience formidable. »

Les deux latinos supportent très mal la rigueur des hivers canadiens et décident, au bout de quelques années, de poursuivre leur rêve américain en Floride, où ils tiennent d’abord une boutique d’alcool avant de devenir prêteurs sur gages. Fasciné par les dizaines de bijoux en or qui lui passent entre les mains chaque semaine, Litto finit par transformer sa boutique en vraie bijouterie.

À cette époque, il est déjà en couple avec Inés Lorenzo, une ancienne mannequin qui deviendra sa femme quelques années plus tard – et qui gère aujourd’hui, depuis Miami, la partie marketing et distribution de La Flor Dominicana. Quand ils décident tous les deux de se lancer dans le cigare, nous sommes en 1994, en plein dans ce qu’on a appelé ensuite le « boom du cigare ». À l’époque, Cuba est évidemment hors de portée pour cause d’embargo, le Nicaragua ne s’est pas encore relevé de la quasi-guerre civile qui a opposé pendant vingt ans le pouvoir et la guérilla sandiniste, et le Honduras n’a pas encore émergé comme terre de cigare ; c’est donc sur la République dominicaine que se concentrent les attentions et les investissements.

50 000 cigares à la benne

Mais là où la plupart des fabricants de cigares peuvent s’appuyer sur une tradition familiale remontant parfois à plusieurs générations, Litto Gómez et son épouse démarrent de zéro. « Nous avons dû tout apprendre, se souvient-il. On a détruit au moins cinquante mille cigares avant de pouvoir vendre le premier ! » La marque s’appelle d’abord Los Libertadores, mais quand le couple Gómez rompt avec son principal investisseur, il la renomme rapidement La Flor Dominicana.

Au départ, Litto Gómez est plutôt amateur de cigares doux – et ça tombe bien puisque cela correspond à l’essentiel de la production dominicaine à cette époque. Les premiers LFD sont donc assez doux et passent inaperçus au milieu du foisonnement de marques et de vitoles des années 1990. Mais des voyages à Cuba et au Nicaragua, ainsi que des longues discussions avec les professionnels, en particulier son ami le maître assembleur José « Jochy » Blanco (La Aurora, Joya de Nicaragua…), vont l’amener à faire évoluer ses méthodes de travail. « Le fait que je n’ai aucun lien avec le passé m’autorise à penser en dehors des cadres, analyse-t-il. J’aime faire des choses qui n’ont jamais été faites. »

Un pyramide à tête plate

C’est cette philosophie qui va l’amener à proposer deux des rares innovations récentes dans le monde très conservateur du cigare. En 1997, il lance le El Jocko Perfecto N° 1, une vitole qui détonne non seulement par sa forme particulière, mais aussi par son assemblage puissant, incluant des feuilles venues du Nicaragua.

La deuxième innovation arrive en 2003, avec le Chisel, un cigare à la tête plate. Litto Gómez en a l’idée alors qu’il est au volant, en route vers sa fabrique à Santiago, la capitale dominicaine du cigare – il multiplie les allers-retours avec la Floride. À force de mâcher son cigare pyramide, il a fini par l’aplatir et, à son arrivée à la manufacture, il demande à ses ingénieurs de travailler sur cette idée. Il leur faudra dix mois de travail pour lui donner vie.

Viendra ensuite l’aventure de l’export. La Flor Dominicana a trouvé un distributeur pour l’Allemagne dès 1996. Plus récemment, il a investi la Suisse, les Pays-Bas, la France, la Belgique, la Pologne… même s’il est toujours quasiment impossible de trouver sur le Vieux Continent son Andalusian Bull, sacré meilleur cigare de l’année 2016 tous terroirs confondus par la presse américaine.

« Il n’y a pas de petit marché, nous confiait-il il y a quelques semaines, en marge de la Nuit de L’Amateur de Cigare. Nos ventes aux États-Unis ne représentent déjà plus que 85 % du total, contre 98 % il y a encore cinq ans. La planète se rétrécit. Les temps sont déjà très loin où les Européens ne juraient que par les cigares cubains. On assiste même à un retournement dans les comportements des amateurs : avant, ils ne voulaient pas de nos cigares parce qu’ils étaient différents de ceux qu’ils avaient l’habitude de fumer ; aujourd’hui, ils sont au contraire attirés par la différence. » Du coup, pas question d’adapter l’assemblage pour séduire tel ou tel consommateur sur telle ou telle partie du globe. « C’est mieux d’avoir une marque régulière et reconnue au niveau mondial. Par exemple, les cigares à gros diamètre ont désormais nombre d’amateurs en dehors des États-Unis. Même chose pour les capes maduro très sombres. »

Invité à prendre la parole à l’ambassade dominicaine à Paris, Litto Gómez a centré son intervention sur « le plaisir et la facilité qu’il y a à investir en République dominicaine » et rappelé qu’il n’est pas un enfant du pays mais qu’il est aujourd’hui considéré comme l’un des piliers de l’industrie cigaristique dominicaine. À tel point que ses pairs l’ont élu vice-président de Procigar, l’association qui regroupe les principaux fabricants de tabac du pays. « Même dans mes rêves les plus fous, je n’ai jamais rêvé d’une si belle vie professionnelle, nous confiera-t-il en aparté. Croyez-moi, il n’y aura pas de prochaine vie pour moi ! »

 

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Les Flor Dominicana disponibles en France

Cape : Équateur, sous cape et tripe : Rep dom

1994 Aldaba 165 mm X 23,02 mm – 7€

1994 Mambo 178 mm X 21,53 mm – 7€

Digger 210 mm X 23,81 mm – 15€

Capitulo II 165 mm X 23,02 mm – 14,50€

Chapter I 165 mm X 23,02 mm – 14,50€

Andalusian Bull 165 mm X 25,40 mm – 22€

Tubos Oro N°6 152 mm X 21,43 mm – 16€

Tubos Oro Chisel 152 mm X 21,43 mm – 16€

Chisel 152 mm X 21,43 mm – 11€

L250 120 mm X 19,05 mm – 6,80€

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