
British American Tobacco quitte Cuba sans bruit
Après trente ans de présence, BAT a cédé ses 50 % de Brascuba à Tabacuba, laissant au groupe d’Etat les clés de l’entreprise de cigarettes. Sans communiqué ni explication.
Le géant britannique British American Tobacco (BAT) n’a plus aucune présence à Cuba. En février dernier, il a cédé les 50 % qu’il possédait dans Brascuba, coentreprise créée en 1995 avec l’État cubain pour la fabrication de cigarettes. Les actions ont été cédées à Tabagest S.A., une société liée à Tabacuba et déjà actionnaire de l’autre moitié des parts.
Aucun communiqué de BAT ni aucune communication des autorités cubaines n’ont accompagné cette sortie mentionnée au fin fond des rapports financiers du groupe britannique.
Brascuba a été fondée en 1995 sous la forme d’une coentreprise entre le monopole d’État du tabac Tabacuba et la société brésilienne Souza Cruz, filiale de BAT depuis 1914. Depuis 1996, l’entreprise produisait la marque Popular. Plus tard, sous licence de Habanos S.A., elle a également fabriqué des cigarettes sous les marques Cohiba, H. Upmann et Romeo y Julieta, destinées au marché intérieur et à l’exportation vers plus de 20 pays.
Selon le rapport annuel 2025 de BAT, l’accord de cession a été conclu le 19 décembre 2025. Le groupe britannique devait percevoir 25 millions de dollars pour ses actions et 35 millions pour la cession de créances commerciales, le tout réglé en euros.
Le groupe avait comptabilisé 231 millions de livres de dépréciations avant la cession, et son rapport semestriel 2026 indique une charge nette de 12 millions de livres. BAT n’a désormais ni droit de vote, ni pouvoir de direction, ni exposition aux résultats futurs de l’entreprise.
Une décision antérieure aux sanctions de Trump
Ce retrait ne relève toutefois pas de la vague récente de départs d’entreprises occidentales constatée dans le secteur de l’hôtellerie ou de l’exploitation minière. L’intention de quitter Cuba apparaît pour la première fois dans les résultats annuels 2024 de BAT, à l’issue d’une « revue stratégique » non datée, avec une première dépréciation de 74 millions de livres. Elle précède de plus d’un an le durcissement des sanctions américaines de mai 2026, après lequel Meliá et Iberostar ont renoncé à gérer des hôtels et Sherritt a suspendu sa participation directe à ses coentreprises de nickel.
Cette sortie s’inscrit dans un contexte de pénuries de cigarettes récurrentes, la production de l’usine de Brascuba à Mariel ayant été perturbée début 2025, avant, selon Tabacuba, un retour à pleine capacité.
BAT n’a fourni aucune explication. Ses rapports se bornent à juger l’activité cubaine peu significative pour comprendre ses résultats.
Le groupe britannique ne précise pas qui contrôle Tabagest, mais les sources cubaines la présentent comme la société du groupe d’État Tabacuba qui détient ses participations dans les coentreprises du tabac, dont Habanos S.A. Sur son site internet, Tabacuba précise que Tabagest S.A. « a pour objet de gérer les titres et les actions dans le cadre du dispositif relatif au tabac, ainsi que de fournir les services comptables, financiers et juridiques requis par les entités qui composent ce dispositif ».
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