« Je relis ‘Le Comte de Monte-Cristo’… en fumant des Cohiba »

Me Francis Szpiner, confiné à son domicile parisien avec quelques bons cigares, privé de travail par la fermeture des tribunaux, dénonce une justice
« méprisée » par les pouvoirs publics dans cette crise.

 

D’abord, comment allez-vous ?
Je vais scandaleusement bien. Grâce au confinement, je fais une à deux heures de vélo d’appartement par jour, je ne vais plus au restaurant – et pour cause -, je ne mange plus de pain et autres cochonneries, j’ai dû boire trois verres de vin en un mois et demi… Résultat, j’ai perdu 10 kg et j’en suis très heureux. En revanche, je fume un peu plus, car quand vous avez fait votre sport, lu et travaillé – un peu, car la justice tourne au ralenti – il reste du temps pour un cigare. Ca occupe…

Les tribunaux sont à l’arrêt. Comment vivez-vous cette période ?
Il n’y a quasiment plus d’audiences, mis à part les comparutions immédiates ou des urgences en matière d’affaires familiales – des domaines dans lesquels notre cabinet intervient très peu. Nous sommes donc en activité réduite. Quatre des cinq salariés du cabinet sont au chômage partiel. Les collaborateurs s’ennuient. Moi, je travaille sur des dossiers de fonds. Mais c’est une période difficile pour les avocats qui, comme beaucoup d’indépendants, sont face à de graves problèmes de trésorerie.

Quelle est la situation dans les tribunaux qui fonctionnent encore ?
La justice est méprisée. Il y a des salles d’audience où il n’y a pas de gel hydro-alcoolique, pas de masques, les accusés sont les uns sur les autres dans les box. L’Etat ne donne pas à la justice les moyens de respecter les consignes qu’il donne aux Français. Et je ne parle pas de certaines dispositions liberticides.

C’est le principe du confinement qui vous choque ?
Non, ça ne me choque pas. L’attestation de sortie incite à la prise de responsabilité individuelle et fait prendre conscience que sortir en ce moment n’est pas un acte banal. En revanche, ce qui me choque ce sont certains contrôles qui ont abouti à des verbalisations manquant de discernement. Quand je parle de dispositions liberticides, je fais référence au prolongement d’office des détentions provisoires sans voir de juge. Ca n’est pas acceptable.

Avez-vous de la visibilité sur la reprise de l’activité judiciaire ?
Non. Nous sommes dans le flou. Depuis le début de cette crise, le gouvernement ne parle jamais de la justice. Edouard Philippe n’en a pas dit un mot dans la présentation de sa stratégie de déconfinement devant l’Assemblée [mardi 28 avril]. Le justice est la grande blessée de cette crise.

Vous êtes candidat (LR) aux élections municipales, dans le XVIè arrondissement de Paris. Le processus électoral a été interrompu entre les deux tours. Est-ce qu’il faut, selon vous, tout reprendre à zéro après le
déconfinement ?
Il est encore possible, comme la loi le permet, d’organiser le deuxième tour le 28 juin, en fonction de l’évolution de la crise sanitaire. En respectant les gestes barrière, ça me semble faisable et souhaitable, car les maires doivent se mettre au travail. On voit bien, en ce moment, la complémentarité entre l’Etat, les régions, les municipalités – pour trouver des masques, par exemple. Sinon, il faudra organiser le second tour en septembre, mais il n’y a pas de raison, selon moi, d’annuler le premier tour. Que l’on vote en juin ou en septembre, nous serons de toutes façons dans la même séquence coronavirus qui a commencé en mars. Le confinement a tout gelé.

Etait-ce une bonne décision de maintenir le premier tour le 15 mars dernier ?
Au moment où cette décision a été prise, tous les lieux publics (cafés, restaurants, théâtres, transports en commun…) étaient ouverts. C’est a posteriori qu’on découvre que le maintien du premier tour n’était pas la meilleure idée… comme de maintenir ouverts les autres lieux publics.

Francis Szpiner, près de son bureau parisien, en décembre 2019.

Dans quelles conditions vivez-vous ce confinement ? Vous en profitez pour lire davantage ?
Je suis à mon domicile parisien. J’ai relu les Mémoires du cardinal de Retz et puis j’avais quelques livres en retard, notamment le De Gaulle de Julian T. Jackson. Je relis aussi Le Comte de Monte-Cristo.

En fumant des Montecristo ?
Non, je suis plus Cohiba – j’ai d’ailleurs dû aller en acheter, armé de mon attestation, car je n’ai que 15 jours de stock. J’ai surtout la chance d’avoir un jardin à Paris, ce qui me permet de sortir de chez moi tout en restant chez moi, d’autant qu’il a fait très beau, sauf ces derniers jours. Paradoxalement, ce confinement resserre les liens. On prend des nouvelles, on s’appelle davantage. Et puis, il y a les miracles de la technique : tous les soirs, ma femme a rendez-vous avec des amis à 19h pour un apéro en visioconférence. L’autre jour, un ami a fêté l’anniversaire de son épouse de cette manière ; nous étions 40 personnes.

 

Propos recueillis par Laurent Mimouni
(Photos : Luc Monnet et Romain Cole)

Nous vous proposons également de (re)lire le Grand Entretien que nous avait accordé Francis Szpiner il y a quelques semaines (ADC n°135, février 2020, lien ci-dessous) :

Grand Entretien Szpiner.pdf

 

 

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