Séville : Un paradis pour le cigare

 

L’histoire de la capitale andalouse et son imaginaire entretiennent un rapport étroit avec le cigare. Tout savoir sur cette ville d’aficionados.

Par Laurent Mimouni

C’est à Séville, en 1758, qu’ouvrit la première fabrique de tabac d’Europe. Il s’agissait alors de rassembler une multitude de petits ateliers de transformation qui avaient fleuri dans la ville au fur et à mesure que se développait le commerce avec le Nouveau Monde. A l’époque, Séville est l’une des villes les plus riches du Vieux Continent, grâce au commerce avec « les Indes » : les navires remontaient alors le Guadalquivir, dont l’embouchure sur l’Atlantique se trouve à 90km au sud-ouest de Séville, non loin de Cadix. On importe alors les feuilles de tabac d’Amérique (Cuba, Hispaniola, Jamaïque…) pour les transformer ici, sous le monopole de la Couronne espagnole, d’où le nom de Real Fabrica de Tabacos. Cette fabrique royale produit surtout du tabac en poudre (à priser) – c’est ainsi qu’il est majoritairement consommé à l’époque –, mais aussi des cigares, dont la consommation va commencer à réunir de plus en plus d’aficionados à la fin du XVIIIè et au début du XIXè siècle. C’est ce contexte, que les contemporains d’Europe du Nord trouvaient particulièrement exotique, qui inspirera Prosper Mérimée puis Georges Bizet 120 ans plus tard pour camper Carmen en gitane roulant des cigares dans une fabrique de Séville.

Le royaume des terrasses

L’histoire de la capitale andalouse est donc intimement liée à celle du tabac en général et du cigare en particulier. Si l’objet fait indéniablement partie de la culture nationale espagnole, cet attachement est encore plus vif en Andalousie. Il est très fréquent que les bureaux de tabac (estancos), même les plus exigus proposent au moins quelques vitoles dans un présentoir humidifié. Et il est rarissime de recevoir une remarque réprobatrice si vous allumez un puro, y compris si vous êtes au beau milieu d’une terrasse bondée. La terrasse est d’ailleurs l’un des rares lieux publics où vous aurez la pleine liberté de déguster un cigare, puisque l’époque est révolue où l’Espagne était l’un des pays les plus permissifs d’Europe en matière de législation anti-tabac. Entre 2006 et 2011, liberté avait été donnée à chaque patron de bar ou de restaurant de faire de son établissement un espace intégralement fumeur ou intégralement non-fumeur : concrètement, seuls 20% des établissements avaient fait le choix d’interdire le tabac, selon les chiffres du gouvernement. Mais depuis 2011, tout cela est terminé. Le pays s’est grosso modo aligné sur les règles en vigueur dans la plupart des pays de l’Union européenne, avec une interdiction totale de fumer dans les lieux clos – et aussi des photos et avertissements sanitaires alarmistes censés dissuader le fumeur de commettre son méfait. Mais évidemment la météo très douce – Séville est la ville la plus chaude d’Europe – permet de déguster son cigare à l’extérieur pratiquement toute l’année.

Avantage aux petits modules

En matière de prix, ne vous jetez pas sur tout ce qui bouge sous prétexte que vous êtes sur cette terre d’Espagne qui a fait une bonne partie de l’histoire du cigare en Europe – et qui reste le premier marché mondial pour les havanes. Comme en France, les prix sont fixés ici par un décret du gouvernement. En matière de cubains, certaines marques, les plus prestigieuses (Cohiba, Montecristo, Romeo y Julieta), sont systématiquement plus chères qu’en France, quel que soit le module. Pour le reste, il faut être attentif. En règle générale, plus le module est petit, plus vous avez une chance de bénéficier d’une différence de prix favorable par rapport aux tarifs français. Les marques José L. Piedra, Vegueros, Hoyo et Trinitad peuvent vous permettre de faire quelques bonnes affaires. Pour les autres terroirs, regardez du côté d’Arturo Fuente (le catalogue disponible en Espagne est nettement plus large qu’en France) ou de Vega Fina Nicaragua et Davidoff Nicaragua. Et puis, il y a les éditions limitées, celles que vous ne pouvez trouver qu’ici. Le Saint Luis Rey Tesoro 2016 « exclusivo España » sorti au début de l’année est vendu au prix très intéressant de 8€ la pièce. ¡Disfruta !

 

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