Un champagne pour mon cigare !

Le champagne Rare est le fleuron absolu de la maison Heidsieck. Son directeur général, amateur de cigares confirmé, nous livre quelques précieux conseils de dégustation.

Rare Champagne porte décidément bien son nom ! Depuis sa création, en 1976, seuls neuf millésimes ont été retenus. Le 2006, qui fait son apparition chez les cavistes ce mois-ci, est le dernier en date. Cette rareté devient carrément un phénomène si l’on remonte à l’origine de la marque, soit 1785, lorsque Florens-Louis Heidsieck, son fondateur, présente à la reine Marie-Antoinette sa Réserve de la maison. Un siècle plus tard, en 1885, une cuvée d’exception, la Cuvée du Centenaire, est créée en hommage à la Réserve. Un siècle se passera encore avant qu’une troisième cuvée, le fameux millésime 1976, fasse son apparition en 1985 : elle s’appellera Rare.

Voilà pour l’histoire, mais Rare l’est aussi par son élaboration particulière. On dit de ce champagne qu’il « casse les codes ». Qu’est-ce que cela veut dire ? D’abord, le cépage chardonnay, dont il est issu en majorité (environ 80 %), vient de la montagne de Reims, réputée pour ses… pinots noirs. Ensuite, le chef de cave de la maison, Régis Camus, s’entête à mêler dans l’assemblage des huit à vingt crus qui feront le champagne, au moins deux vins qui ne sont pas des grands crus. Avant-dernier point : aucun champagne millésimé n’est aussi vieux que Rare. L’actuel millésime, lancé en magnums il y a quatre ans, est le 1998. Salon, le grand rival de Rare, est actuellement présent avec son millésime 2007. Enfin, les millésimes de Rare sont souvent des paradoxes. Ainsi, 1976 était l’année de la grande sécheresse et 1985 celle de la terrible gelée noire, où la température est descendue à – 32 °C.

Et pour conclure, Rare est rare car, si la maison refuse de communiquer le nombre de bouteilles produites, l’on sait que 90 % partent à l’étranger…

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Benoît Collard, le directeur général des champagnes Piper-Heidsieck et Rare Champagne, quarante-cinq ans, est un amateur de cigares authentique et éclairé. Ses recommandations sur le mariage cigare-champagne. Quel est son nom ?

L’Amateur de Cigare : Votre premier cigare ?

J’avais vingt-trois ans. Un Corona de Davidoff dégusté en Allemagne lors d’un déplacement professionnel. J’ai découvert que je pouvais le déguster comme un vin : le nez, la robe, le palais…

L’ADC : Et depuis ?

Avec le cigare, je m’achète du temps. Une heure, une heure et demie pour moi. Je fume en marchant, à Paris, Reims, New York. C’est un plaisir comparable à nul autre.

L’ADC : Que fumez-vous de préférence ?

Des havanes surtout, car j’y retrouve ce que j’aime : le terroir et la complexité. J’aime le Belicosos de Bolívar et en ce moment, j’apprécie beaucoup la Línea 1935 de Montecristo. Mais j’aime aussi les découvertes, récemment le Jacques Chancel d’Horacio.

L’ADC : Le mariage cigare-champagne, ça marche ?

Oui, à condition de les adapter au moment. L’après-midi, un module court avec des notes fraîches, comme un H. Upmann ou un Romeo y Julieta, avec un champagne fleuri. À l’apéritif, un cigare poivré avec un champagne vineux, millésimé. Le soir, après le repas, un vieux champagne, Rare 1988 par exemple, avec un cigare aux arômes torréfiés.

L’ADC : N’y a-t-il pas un problème de température ?

Non, car le champagne doit être dégusté frais et non froid. À 10 ou 12 °C, c’est parfait. Dans ces conditions, il apaise et rafraîchit la bouche. Et un bon cigare n’est jamais brûlant. Et puis le champagne évolue dans le verre, au même rythme que le cigare au fil de la dégustation. Au troisième tiers du cigare, le champagne a gagné en température et en arômes. Cette évolution en parallèle est l’un des aspects les plus intéressants du mariage cigare-champagne.

L’ADC : Un interdit ?

Un seul : ne pas essayer ! Même la puissance du cigare n’est pas un obstacle, au contraire. C’est le pinot noir qui donne de la force au champagne et on peut être surpris par la puissance de certains vieux champagnes. Les associer avec un P2 de Partagás, par exemple, c’est un moment unique.

L’ADC : Et quid de l’amertume que l’on trouve fréquemment dans les cigares dominicains, notamment ?

Là, j’aime les associer avec des champagnes extra-bruts. L’amertume s’accorde parfaitement avec ces champagnes sans sucre.

 

Rare Champagne 2006

En vente chez les cavistes ce mois-ci

Prix indicatif : de 150 à 160 euros

Les conseils de dégustation de Benoît Collard :

« C’est un champagne généreux, élégant, pas trop puissant. Je l’associerais avec un Quai d’Orsay N° 54 pour sa précision ou avec un Montecristo Open Master pour son expressivité. »

 

 

 

 

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