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Villiger, en route pour le fait main en France

À quatre-vingt-onze ans, toujours hyperactif — il est à la tête d’un des plus puissants groupes tabacoles au monde —, Heinrich Villiger fête ses vingt ans d’expérience à peine dans la production de cigares faits main. Le lancement des Corrida en France est un événement.

 

Une vie de cigare

Né en 1930 à Menziken, dans le canton suisse d’Argovie, Heinrich Villiger rejoint à vingt ans l’entreprise familiale, fondée en 1888 par son grand-père. Il ne la quittera plus et fera de cette petite fabrique de cigares le dixième groupe tabacole du monde, dont il détient aujourd’hui 100 % du capital. Heinrich Villiger est aussi vice-président du conseil d’administration d’Intertabak AG, l’importateur officiel de havanes pour la Suisse, et gérant de la société 5th Avenue Products Trading-GmbH, l’importateur officiel de havanes pour l’Allemagne, l’Autriche et la Pologne.

L’Amateur de Cigare : Pourquoi une arrivée si tardive sur le marché du cigare fait main en France ?
Heinrich Villiger : Vous savez, dès ma plus tendre enfance, mes parents m’ont fait découvrir la France, sa culture, son histoire, et j’ai ainsi tissé au fil des années un lien affectif avec votre pays. Il était clair pour moi qu’un jour ma carrière professionnelle passerait par la France. Cette promesse que je m’étais faite s’est concrétisée en 2006 avec la création de Villiger France, dotée de sa propre force de vente. L’objectif premier était de développer notre gamme de cigares machine, d’accroître la distribution et la notoriété de Villiger en France. Cela prend du temps, mais maintenant que Villiger est connue et reconnue en France, nous pouvons pénétrer le marché du fait main avec un assortiment multi-terroir nous permettant de rencontrer un maximum de passionnés.
J’ajoute que c’est une Française, Assya Zouzi, qui a été nommée au poste de responsable des cigares faits main au sein de Villiger Group, et la France va pouvoir bénéficier de sa connaissance du marché [voir L’ADC, n° 141, ndlr].Forts de tous ces atouts, nous escomptons beaucoup de succès en France, et pour très longtemps. Et puis, quel beau symbole que de se développer l’année où nous fêtons notre anniversaire, « 20 ans de handmade » !

L’ADC : Quelle image vous faites-vous de l’amateur français ?
H. V. : Dans le passé nous avons constaté que l’aficionado français était plutôt binaire, il était soit « cubain », soit « dominicain ». Cela a beaucoup évolué et maintenant il fait preuve comme moi, du haut de mes quatre-vingt-dix ans, de beaucoup plus d’ouverture d’esprit, n’hésitant plus à partir à la découverte de nouveaux terroirs et de nouvelles sensations.

L’ADC : Qu’est-ce qui fait l’identité de la marque Corrida, par-delà les quatre terroirs – Nicaragua, Honduras, République dominicaine, Brésil – qu’elle explore ?
H. V. : J’ai une anecdote pour vous : lors d’un voyage à Madrid avec mon épouse Martina, nous avons été invités à une corrida. Je vous avoue que mon épouse avait quelques appréhensions… Pour ma part, voir ce taureau plein de force, de courage et de générosité combattre dans l’arène et susciter la ferveur du public m’a fortement inspiré. Je cherchais un nom pour cette nouvelle gamme et « Corrida » m’est venu naturellement. Le choix du taureau comme logo permet de rendre à cette bête un hommage respectueux. Corrida est une marque moderne, punchy et élégante, ouverte à quatre terroirs afin de plaire au plus grand nombre. Nous avons créé un ensemble homogène, depuis la conception du mélange jusqu’à la double bague et au packaging moderne, pour avoir une ligne complète permettant à l’amateur de voyager à travers l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud. Un voyage vers des sensations différentes.

L’ADC : En France ne sont commercialisés que deux modules de la ligne 1888 et que deux terroirs de chez Corrida, Honduras et Nicaragua. Pourquoi si peu ?
H. V. : Il faut un début à tout ! Nous avons bien sûr des modules supplémentaires en Villiger 1888 et chez Corrida qui n’attendent que l’appel des fumeurs français. Il y a également dans notre portefeuille beaucoup de marques pouvant avoir un intérêt pour le marché français dans le futur. Nous construisons notre chemin en étroite collaboration avec les civettes, qui nous font régulièrement part de leur ressenti ainsi que de celui de leurs clients, et nul doute que nous allons étoffer notre assortiment en termes de modules et de gammes.

L’ADC : Qu’est-ce que la Covid a changé pour le cigare fait main en 2020 ?
H. V. : En quatre-vingt-dix ans d’existence, croyez bien que j’ai connu bien des crises, mais celle-ci a été brutale, imprévisible, et est interminable. Lorsqu’elle a débuté en janvier 2020 et que les premières mesures sanitaires ont été mises en place, une certaine angoisse est apparue. Ce fut plutôt une bonne surprise fin 2020 de voir que le segment du fait main s’était très bien comporté. Avec le confinement printanier et le télétravail, les amateurs ont eu le temps de déguster leurs vitoles préférées mais aussi d’enrichir leur culture, de découvrir de nouveaux terroirs, et ont ainsi pu sortir de leurs habitudes de consommation. Au moins, pas besoin de test PCR ou de passeport vaccinal pour s’accorder ce plaisir !

L’ADC : Quel est votre fait main favori dans la galaxie Villiger, celui que vous fumez pour votre propre plaisir ?
H. V. : Vous me demandez quel cigare je fume pour mon plaisir ? Eh bien, moi, je me demande quel champagne vous buvez pour votre plaisir ! Je choisis mon cigare selon mes humeurs. Par exemple, lors d’un événement exceptionnel, je déguste un Churchill San’Doro Aged 10 Years, une réserve spéciale. Le week-end, lorsque je me balade en forêt, j’apprécie un Corrida Nicaragua ou Honduras.

 

À l’origine, Pfeffikon…
UNE FABRIQUE FAMILIALE DEVENUE UN GROUPE INTERNATIONAL

C’est à Pfeffikon, en Suisse, dans le canton de Lucerne, qu’en 1888, il y a cent trente-trois ans, Jean Villiger installe une fabrique de cigares. À sa mort, l’affaire est reprise par son épouse, Louise, qui, au début du xxe siècle, crée une filiale allemande à Tiengen, près de Fribourg. Le couple a eu deux fils, Hans et Max. Ce dernier aura lui-même deux enfants : Kaspar deviendra un homme politique et Henrich entrera dans la société à l’âge de vingt et un ans. « Je n’ai jamais rien fait d’autre depuis », aime-t-il à répéter. À ses débuts, Heinrich Villiger passe une année à travailler et à étudier aux États-Unis. Il officie alors dans la cigarette, une autre spécialité du groupe dans les années 1950, abandonnée ensuite. Une décennie plus tard, l’époque est aux turbulences internationales. La guerre froide et la prise de pouvoir de Fidel Castro amènent le groupe à se rapprocher des producteurs de tabac cubains. « Grâce à l’embargo, nous avons tissé des relations très fortes avec Cuba, non seulement pour les cigares mais aussi pour le tabac brut. La qualité Villiger a alors fait un bond extraordinaire », confiait Heinrich à L’Amateur en 2018. Cette entente cordiale lui permettra de créer et de développer deux importantes sociétés de distribution de havanes, en Suisse et en Allemagne. Entrée il y a vingt ans dans la production de cigares premium, la société Villiger y chemine à un rythme prudent et mesuré. « Malgré la diabolisation du tabac, nous sommes sur la bonne voie », assure Henrich, dont le groupe roule ou fait rouler à la main aujourd’hui 4,4 millions de cigares chaque année. Les prototypes sont dégustés par un panel de six personnes avant le feu vert final donné par Heinrich Villiger en personne. Depuis le premier fait main, le San’Doro, plusieurs gammes ont vu le jour. Les amateurs français peuvent en déguster deux, la ligne 1888 et les derniers-nés, Corrida.

 

Les cigares Villiger disponibles en France

1888

C’est à l’occasion du 120e anniversaire de l’entreprise, née en 1888, qu’Heinrich Villiger crée la série Villiger 1888 avec le Dominicain José Matías Maragoto. Cinq modules, fabriqués en République dominicaine, existent ; deux sont disponibles en France.

Villiger 1888
Corona
Fabriqué en Rép. dominicaine
Cape : Équateur
Sous-cape, tripe : Rép. dominicaine
Corona
152 mm × 43 (17,07 mm)
7,50 €

Dur au toucher. Le tirage, un peu laborieux, libère une fumée poivrée et boisée. Arômes profonds et très présents de cèdre. Au nez, senteurs lointaines et agréables de fruits rouges. Plus corpulent au deuxième tiers, le Corona, toujours boisé, s’enrichit de notes oléagineuses (noix, fruits secs) agréables. La vitole est équilibrée, très dense. Il faut respecter son rythme lent et ne pas la brusquer. Parvenue au troisième tiers sans augmentation notable de la puissance, elle devient plus empyreumatique avec des saveurs de pain grillé. Le piquant refait son apparition sans être envahissant. Final linéaire et cohérent. Un tempo engourdi mais pas ennuyeux qui pourra toutefois décourager l’amateur impatient.

Note : 3/5

 

Villiger 1888
Robusto
Fabriqué en Rép. dominicaine
Cape : Équateur
Sous-cape, tripe : Rép. dominicaine
Robusto
123 mm × 50 (19,83 mm)
8 €

Toucher très ferme. Boisé et poivré à cru. L’allumage libère des notes végétales et animales tandis que le poivre noir, très présent sur les premières bouffées, s’estompe rapidement. Le cigare se cale ensuite sur une ambiance terreuse de plus en plus affirmée et d’une belle longueur en bouche. Le rythme de combustion est lent et plaisant. Des touches caramélisées apportent une complexité appréciable, d’autant que la fumée devient plus crémeuse. Le troisième tiers est suave (lointaines pointes cacaotées). Une belle prestation pour un prix très abordable.

Note : 3,5/5

 

Corrida

Créée en 2017 par le blender Mathias Bialkowski, la marque se développe sur quatre terroirs : Brésil, République dominicaine, Nicaragua et Honduras. Les Corrida Honduras et Nicaragua sont fabriqués à Danlí. Ils existent en deux modules, Robusto et Toro, tous deux un peu surdimensionnés, d’où l’inscription Robusto+ et Toro+ sur les boîtes, qui répond à la devise adoptée par le label : « Pensez grand. » Pour l’instant, seuls sont disponibles en France les Robusto des deux gammes.

 

Corrida Nicaragua
Robusto
Fabriqué au Nicaragua
Cape, tripe : Nicaragua
Sous-cape : Indonésie
127 mm × 56 (22,20 mm)
Gros robusto
8 €

Cuir et cacao à cru. Le démarrage, consistant, libère des arômes cendrés et minéraux sur une fumée généreuse. Au deuxième tiers, la vitole offre une vraie montée en puissance sur tous les plans : les arômes cendrés sont plus ronds, avant de se faire crémeux sur des notes cacaotées gourmandes. Un peu moins en jambes au final, le Robusto termine son parcours sur des arômes torréfiés et boisés simples et francs. Une vraie consistance aromatique.

Note : 4/5

 

Corrida Honduras
Robusto
Fabriqué au Honduras
Cape, sous-cape : Honduras
Tripe : Honduras, Nicaragua
127 mm × 56 (22,20 mm)
Gros robusto
8 €

Cape claro bien lisse. À cru : bois et miel. Le tirage un peu trop serré observé à cru se confirme à l’allumage, mais ne nuit pas au développement, dès l’entame, d’arômes caramélisés et boisés. La corpulence est très modérée et la fumée légère. Des pointes de noisette se joignent rapidement à la partie. Le tirage se libère complètement à mi-fumage et laisse libre cours à des arômes de fruits secs. Très légère montée en puissance dans le troisième tiers. Final aérien. Une très bonne vitole dans la catégorie des poids plumes. Tous publics et bon marché.

Note : 4/5

 

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