
Les havanes très suspects de KS Export
ENQUÊTE EXCLUSIVE — Comment une société française dirigée par un ancien joueur de NBA propose illégalement des cigares cubains aux civettes.
KS Export. K comme Kevin, S comme Séraphin. Derrière ces deux initiales se cache une société enregistrée en région parisienne, officiellement spécialisée dans « l’export de biens et marchandises ». Derrière cette façade, notre enquête a mis au jour un réseau structuré de commercialisation illégale de cigares cubains, qui opère sur le territoire français en infraction avec la réglementation sur la vente de tabac – et malgré l’exclusivité de Coprova.
Kevin Séraphin, né le 7 décembre 1989 à Cayenne (Guyane), n’est pas un inconnu. Recruté en 2010 par l’équipe de basket NBA Washington Wizards, il a ensuite porté les maillots des New York Knicks et des Indiana Pacers avant de mettre un terme à sa carrière en octobre 2020. Il est aujourd’hui directeur général du Poissy Basket, en région parisienne. Son domicile en région parisienne est le siège social de KS Export depuis le 5 juillet 2023.
La société, immatriculée au RCS d’Évry sous le numéro SIREN 952 816 700, présente toutes les caractéristiques d’une structure-écran : capital de 10 euros (le minimum légal), zéro salarié déclaré, aucun compte annuel déposé au greffe du tribunal de commerce d’Évry. L’objet social, délibérément vague, ne mentionne à aucun moment le mot « tabac ».
Pourtant, Kevin Séraphin ne semble être que le gérant de droit. L’homme qui opère réellement se nomme Lionel C., né en 1986 à Annecy. Associé à hauteur de 50 % dans KS Export, il est le véritable cerveau du dispositif.
Recherche « commerciaux de terrain indépendants »
KS Export n’est pas une aventure solitaire. Aux côtés de Lionel C. opère sa sœur, Muriel B., qui se présente sur LinkedIn comme « assistante de gestion ». C’est elle qui a publié, il y a environ deux ans, une annonce de recrutement de commerciaux pour KS Export (photo ci-dessous), avec pour adresse de contact l’email ks.export1989@gmail.com — « 1989 » étant l’année de naissance de Kevin Séraphin.
L’offre d’emploi est instructive : KS Export cherchait des « commerciaux de terrain indépendants », rémunérés entre 2 000 et 8 000 euros par mois selon les performances, titulaires du permis B, chargés de « gérer et développer un portefeuille de clients » et d’« organiser et planifier les tournées dans leur zone de chalandise ».
Offre d’emploi publiée il y a deux ans sur LinkedIn par Muriel B., sœur de Lionel C.
Sur le terrain, KS Export envoie des représentants démarcher directement les buralistes. L’Amateur a pu consulter deux cartes de visite laissées auprès de civettes françaises. La première, frappée des initiales « L.C. » en lettres dorées sur fond noir, porte deux adresses email — ks.export1989@gmail.com et lcg1323@gmail.com — ainsi qu’un numéro de téléphone. Le prénom « Lionel » est inscrit à la main. La seconde carte est celle de William A., présenté comme commercial du réseau, joignable via un numéro WhatsApp.
Mensonge sur l’agrément
Mais c’est dans les vitrines de certains buralistes que l’affaire prend toute sa dimension. Notre rédaction a pu constater, dans l’établissement même que KS Export présente à ses clients comme partenaire de référence — Le Diplomate, situé à Porte-de-Savoie, à une douzaine de kilomètres de Chambéry — la présence de boîtes de cigares suspectes.
Parmi elles : des Punch Churchills clairement identifiables. Ce format n’est plus fabriqué par Habanos S.A. depuis 2010 et n’est donc plus distribué depuis longtemps par Coprova, seul opérateur légalement habilité à commercialiser les Habanos en France. Sauf à avoir conservé ces pièces pendant plus de dix ans, un buraliste qui expose ces cigares en vitrine en 2026 ne peut pas les avoir obtenus par le canal officiel.
L’Amateur a pu également consulter des messages WhatsApp envoyés à un buraliste de Bretagne par une commerciale se réclamant de KS Export (photos ci-dessous). La représentante, Amandine M., explique que KS Export est « actuellement en attente d’un accord avec Coprova, afin de pouvoir fournir du tabac cubain dans des conditions conformes et sécurisées » (sic). Une formulation qui reconnaît implicitement que la société agit actuellement sans agrément… l’« attente » risquant de se prolonger indéfiniment puisque Coprova dispose d’une exclusivité totale sur la vente des cigares cubains en France.
Dans un mail envoyé hier mercredi 22 avril aux civettes, Coprova confirme qu’elle « n’entretient aucun lien direct ou indirect avec la société KS Export, et ne lui a donné aucune autorisation d’utiliser son nom ou de se prévaloir d’une quelconque relation » avec elle.
Messages Whatsapp envoyés par Amandine M. à une civette bretonne début 2026
Un catalogue de 22 pages
Les messages Whatsapp d’Amandine M. sont accompagnés d’un catalogue de 22 pages portant le logo et l’adresse de KS Export détaillant l’offre : du Montecristo N° 2 à 855,98 € la boîte de 25 au Cohiba Esplendidos Vintage 1990 à 4 770 € la boîte de 25. Et même un « humidor Coprova Behike nº 675/1500 » vendu 29 500 € garni de 60 Behike. Sur la page dédiée à ce produit figure la reproduction d’une lettre à en-tête de Coprova adressée aux civettes au moment de sa commercialisation fin 2024, signée « L’équipe Coprova » (photo ci-dessous). Cette cave est en réalité commercialisée sans cigares au prix de 1 300 € par Cigarte, filiale d’Habanos S.A. dédiée aux accessoires.
Extrait du catalogue KS Export envoyé par Amandine M. à une civette
Dans ses messages, la commerciale propose au buraliste une « solution alternative en passant par Le Diplomate de Chambéry », présenté comme disposant « de toutes les licences nécessaires » pour vendre des produits cubains – oubliant de préciser que la vente de produits du tabac entre buralistes n’est pas une pratique autorisée par la législation française, a fortiori s’ils n’ont pas été acquis légalement. Contacté par notre rédaction, la patronne du Diplomate affirme ne pas connaître KS Export et s’approvisionner exclusivement auprès de Coprova pour ses cigares cubains.
Les modalités commerciales sont également précisées par la représentante de KS Export: « 30 % à la commande, solde à la livraison » Et surtout, « une remise de 12 % calculée sur le tarif des douanes ». La « remise » correspond à la part du prix de vente du tabac qui revient au buraliste en rémunération de son activité. Elle est fixée par l’Etat à 9 % pour les cigares – ce qui rend l’offre KS Export d’autant plus alléchante pour les civettes.
Les douanes n’ont pas connaissance
Un responsable de la Direction régionale des douanes d’Annecy, compétente pour la Haute-Savoie et l’Ain, a indiqué à L’Amateur ne pas avoir connaissance de ce trafic, tout en précisant qu’il n’était pas forcément informé de toutes les enquêtes en cours.
Contacté également par notre rédaction, Lionel C. affirme que KS Export « ne travaille pas sur la France », que William A. « travaille exclusivement sur la Suisse » – alors que sa carte de visite a été distribuée à des buralistes français – et nous a demandé du temps supplémentaire pour vérifier si Amandine M. travaillait bien pour l’une de ses sociétés.
Quant à Kevin Séraphin, nos tentatives de le joindre via son compte LinkedIn et le Poissy Basket sont restées sans réponse.
Coprova « analyse actuellement les suites appropriées à donner à cette situation ».
Laurent Mimouni
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