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Affaire Chen Zhi : quand l’IA hallucine devant un tribunal fédéral américain

Par La rédaction,
le 5 juin 2026

Dans le volet américain de l’affaire, le prestigieux cabinet d’avocat Sullivan & Cromwell a dû reconnaître qu’il avait été victime d’ « hallucinations » de l’intelligence artificielle.

Le 9 avril 2026, Sullivan & Cromwell LLP — l’un des cabinets d’avocats les plus prestigieux de Wall Street, dont les honoraires dépassent allègrement les 2 000 dollars de l’heure — dépose en urgence devant le tribunal des faillites de Manhattan une motion au nom d’Interpath Advisory, le liquidateur des actifs de Chen Zhi situés aux Îles Vierges Britanniques (BVI). Le document est truffé de citations de jurisprudence. Problème : plusieurs d’entre elles sont bidon.

Mais pourquoi cette affaire se retrouve-t-elle devant un tribunal américain ? En janvier 2026, le procureur général des BVI avait obtenu de la Cour Suprême de la Caraïbe orientale (ECSC) la nomination d’Interpath Advisory comme liquidateur provisoire de 30 sociétés offshore liées à Chen Zhi — dont Simply Advanced Limited, la holding qui contrôle à 57 % Allied Cigar Corporation, co-propriétaire d’Habanos S.A. Interpath cherche désormais à faire reconnaître cette procédure des BVI par les tribunaux américains, afin d’accéder aux actifs et aux documents financiers détenus aux États-Unis et d’étendre son mandat à d’autres juridictions. C’est cette demande de reconnaissance — déposée le 8 avril 2026 devant le tribunal des faillites de Manhattan — qui a donné lieu à la motion d’urgence rédigée – un peu trop vite – avec l’aide d’un outil d’IA.

 

« Trust nothing and verify everything »

Ce sont des « hallucinations » — le terme consacré pour désigner les affabulations des outils d’intelligence artificielle générative, qui inventent avec aplomb des références juridiques, des numéros de dossiers et des conclusions de jugements qui n’ont jamais eu lieu. Le cabinet le reconnaît lui-même dans une lettre de confession adressée au juge Martin Glenn le 18 avril, signée par l’associé Andrew Dietderich : « Les inexactitudes et erreurs dans la motion incluent des « hallucinations » d’intelligence artificielle. »

Sullivan & Cromwell précise avoir des politiques internes « complètes et rigoureuses » sur l’usage de l’IA, incluant des formations obligatoires pour tout avocat souhaitant y accéder, et un principe de vérification systématique : « trust nothing and verify everything » (ne jamais faire confiance et tout vérifier). Ces politiques, reconnaît le cabinet qui se confond en excuses auprès du juge et de la partie adverse, n’ont pas été suivies dans ce cas précis.

La motion a été corrigée et redéposée le jour même. Le juge Martin Glenn du Tribunal fédéral des faillites du district sud de New York a néanmoins accordé la protection provisoire demandée le 23 avril et l’affaire a continué son cours.

Le détail savoureux : c’est Boies Schiller Flexner LLP — le cabinet adverse, représentant Cosimo Borrelli, l’administrateur concurrent nommé par les associés de Chen Zhi — qui a alerté Sullivan & Cromwell de ses propres erreurs. Andrew Dietderich a tenu à les appeler personnellement pour les remercier.

Laurent Mimouni