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Quand le cigare crée des tensions diplomatiques entre Londres et les Caraïbes

Par La rédaction,
le 25 août 2026

Alors que le gouvernement britannique a lancé une consultation sur le « paquet neutre » après avoir voté l’interdiction générationnelle au printemps, des échanges de lettres entre Londres et les ambassadeurs de trois pays producteurs dévoilent l’intensité du bras de fer mené en sous-main par Cuba, la République dominicaine et le Honduras pour préserver leur savoir-faire.

Dans une démarche conjointe assez rare, les ambassadeurs de Cuba, de la République dominicaine et du Honduras ont interpellé directement le Premier ministre britannique fin 2025. Leur objectif : réclamer une exemption ou un moratoire pour le cigare premium au sein du Tobacco and Vapes Bill instaurant l’interdiction du tabac pour toute personne née après le 1er janvier 2009. A l’ppui de leur demande, ils soulignaient notamment l’absence de corrélation entre les cigares faits main et l’initiation des jeunes au tabagisme.

La réponse du 10 Downing Street s’est toutefois résumée à une fin de recevoir bureaucratique. Contrairement aux usages, la réponse n’est pas venue du chef du gouvernement (Keir Starmer à l’époque), mais de la sous-secrétaire d’État à la Santé publique, Ashley Dalton. Un traitement perçu, selon un récent article du Telegraph, comme un camouflet diplomatique par les trois nations américaines qui se considèrent comme des partenaires commerciaux historiques du Royaume-Uni.

Depuis le début de l’année 2026, les relances des ambassades sont d’ailleurs restées sans réponse, selon la presse britannique.

L’argument du terroir face au dogme du « zéro exception »

Dans leur correspondance que L’Amateur s’est procuré, les trois chancelleries caraïbes ont porté le débat sur le terrain culturel et socio-économique. Rappelant que la filière du cigare fait vivre plus de 400 000 personnes en Amérique latine — majoritairement des femmes et des petits agriculteurs en milieu rural —, les diplomates ont osé un parallèle évocateur : interdire ou dénaturer le cigare équivaut, pour leurs pays, à pénaliser le Scotch whisky, le gin anglais ou le cidre gallois. Un argument particulièrement appuyé par la République dominicaine, elle-même importante importatrice de spiritueux britanniques.

Face à cette défense du produit de terroir, le ministère britannique de la Santé a opposé une doctrine dogmatique ne souffrant aucune exception. Accorder la moindre exemption créerait, selon lui, une « faille » réglementaire. Londres balaie donc les études internationales sur les spécificités de la consommation de cigares et justifie une assimilation pure et simple à la cigarette industrielle.

Une menace de litige commercial international

En qualifiant les projets britanniques d’« entrave non justifiée au commerce », le trio de pays producteurs pose les jalons d’un possible contentieux international.

La situation rappelle la bataille juridique engagée par Cuba devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC) contre la réglementation australienne sur le paquet neutre. Même si cette procédure s’était soldée par une défaite des pays producteurs en 2018 — permettant l’application du paquet neutre aux cigares faits main en Australie —, le risque de nouvelles tensions commerciales devant les instances internationales montre que le cigare est aussi un sujet de géopolitique économique.

Laurent Mimouni