
Victoire judiciaire pour Chen Zhi, un risque supplémentaire pour les distributeurs de havanes
La justice des îles Vierges britanniques ouvre la voie à une restitution des sociétés de l’homme d’affaires sino-cambodgien, ce qui pourrait compliquer davantage les activités de la filière du havane.
C’est une victoire pour Chen Zhi. Mais pas nécessairement une bonne nouvelle pour les distributeurs de havanes. Le 21 octobre, un juge des îles Vierges britanniques (BVI) a annoncé son intention de rejeter les demandes de liquidation visant 30 sociétés liées à l’homme d’affaires sino-cambodgien, dont une holding indirectement présente au capital de Habanos S.A.
Cette décision ouvre la voie à une restitution des sociétés à leurs dirigeants. Mais Chen Zhi, actuellement détenu en Chine, reste visé par des sanctions américaines, britanniques et européennes. Le retour de ses sociétés sous la direction de représentants qu’il a désignés pourrait donc compliquer davantage leurs relations bancaires.
Le juge Gerhard Wallbank a estimé que les autorités des BVI n’avaient pas présenté de preuves recevables suffisantes pour justifier la liquidation des sociétés. Cette décision ne constitue toutefois pas un jugement sur le fond des accusations américaines visant Chen Zhi.
Pas encore une restitution
Pour autant, leurs dirigeants n’en ont pas encore repris le contrôle. « Aucune ordonnance n’a encore été rendue pour rejeter les demandes de liquidation ou relever les liquidateurs provisoires de leurs fonctions », précisent à L’Amateur de Cigare Paul Kennedy et Grant Carroll, du cabinet Campbells, qui représentent 25 des 30 sociétés.
Les liquidateurs provisoires, chargés depuis janvier de préserver les actifs des sociétés, restent en fonction, comme ils nous l’ont confirmé le 29 octobre. Le jugement écrit devrait être publié après le 6 novembre et une nouvelle audience, envisagée les 8 et 9 décembre, doit déterminer les modalités de leur départ.
La défense prévoit que la gestion des sociétés soit confiée à Cosimo Borrelli, qu’elle présente comme un mandataire indépendant. « Le tribunal des BVI a expressément demandé une transition ordonnée. Il est prévu que Cosimo Borrelli […] devienne le mandataire indépendant chargé de diriger l’ensemble de ces sociétés », indiquent les deux avocats.
Borrelli se présente déjà comme administrateur de 25 sociétés, dont Simply Advanced Limited. En revanche, ses représentants n’ont pas souhaité communiquer les documents établissant ses pouvoirs de nomination.
Simply Advanced Limited occupe une place importante dans l’actionnariat du havane. Cette société des BVI, détenue par Chen Zhi, contrôle indirectement 57,1 % du groupe Allied Cigar, auquel appartient Tabacalera. Le groupe espagnol Tabacalera est l’un des principaux partenaires de l’État cubain dans Habanos S.A., dont il détient indirectement une participation.
Le groupe est également présent de manière majoritaire ou minoritaire dans les sociétés chargées de distribuer les havanes en Europe, où Habanos réalise plus de la moitié de son chiffre d’affaires. C’est donc toute une partie de la chaîne de distribution qui est indirectement concernée par les procédures visant Chen Zhi.
Transition délicate
La restitution des sociétés à Cosimo Borrelli ne modifierait pas, à elle seule, l’actionnariat de Habanos et de ses distributeurs, ni les sanctions visant Chen Zhi.
Surtout, le remplacement des liquidateurs provisoires par un dirigeant désigné par Chen Zhi, même présenté comme indépendant, pourrait susciter de nouvelles réticences bancaires. Les licences accordées au Royaume-Uni à Hunters & Frankau et aux États-Unis à Tabacalera USA pourraient également faire l’objet d’un réexamen.
Le juge des BVI semble lui-même conscient de ces risques. Lors de l’audience du 21 octobre, il a expliqué qu’un départ immédiat des liquidateurs pourrait provoquer des pertes d’emplois et la fermeture de certaines entreprises. Il a donc demandé que la transition soit organisée de manière progressive.
Les avocats de Borrelli ont néanmoins déposé, le 2 novembre, une requête devant un tribunal de New York pour mettre fin aux pouvoirs reconnus aux liquidateurs aux États-Unis au titre du Chapitre 15 de la loi sur les faillites. Ils reprochent également à ces derniers de ne pas avoir commencé à préparer la restitution des sociétés.
Interrogés sur les conséquences concrètes de cette transition pour Allied Cigar et Tabacalera, notamment sur leurs relations bancaires et leurs activités quotidiennes, les avocats de la défense n’ont pas apporté de réponse précise.
Une chose est sûre : la victoire judiciaire de Chen Zhi ne débloquera pas les comptes bancaires des distributeurs de havanes. Et elle pourrait, dans un premier temps, compliquer encore leur fonctionnement.
Laurent Mimouni
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